mardi 14 octobre 2008

M : maison


LA MAYSOUN BIELHE
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L’abbé Jean Marcellin BARROS est né à Urgons en Tursan, le 28 août 1850, son père Jean est métayer à Tirle et sa mère s’appelle Marie POUBLAN.
En 1874, il est nommé professeur au Petit Séminaire d’Aire en Tursan. Le 11 juin 1876, c’est l’ordination.
De décembre 1882 à octobre 1885, il assure la cure de Lévignacq des Landes. Il possède une très mauvaise vue ; il finira ses jours aveugles. De ce fait, il devient précepteur de riches familles gasconnes :
1887, il est à Lamothe
Vers 1890, à Gaujacq au château
En 1908, il se retire dans sa famille. Il publier alors plusieurs poésies dans RECLAMS DE BIARN E GASCOUGNE.
Il meurt aveugle le 4 novembre 1928.

La MAYSOUN BIELHE est inspirée de la Maysoun Blanque de Bertrand Isidore SALLES mais l’histoire est encore plus belle par le côté affectif de la démolition.

Idiome : gascon du Tursan

PLAN DE LA POESIE :
1° description de l’état pitoyable de la maison
2° souvenirs et moments importants de son enfance dans la maison
3° la « mort de la maison » et la construction de la neuve
4° courte conclusion

LA MAYSOUN BIELHE

Qu’ère bielhote la maysoéte,
Toute crouchide per lous ans,
E sustienude, la praubéte,
Cade coustat per quoate estans.

Qu’abè dus ales desparières,
Dat ù teulat gris e boussut ;
Bielhes maysoûs, granes goutères…
Nat arrepoè mielhe escasut.

Quoan arrauyèben las bourrades
tès e toupis aus degoutès,
Qu’en calè courre galoupades
Ent’estussa touts lous soulès !

Plaques e macs a las murralhes,
Bréques e pics aus frinestots,
E dens lou haut, de granes halhes
Qui oubriben laryemén lous pots.

Deça, dela, courrèn las yèyres
Capbat las oumpres dou canè
E dat la mousse, enter las pèyres,
L’espariatèle que penè.

E pr’ou dehén, crampes escures
Doun lou carrèu, hénut, usat,
En hasè bèse cén figures
Qui-é nat pintre n’auré pensat.

Bielhe maysoû, la mègne aymade !
Aqui basoun, mourin lous méys,
Qu’y partadyèn bère temsade
Mesclagne de maus e de béys.

You qu’y besouy la luts prumère
Que la besouy, praube, en plouran ;
En queste terre de misère,
Arrits après e plous aban.

Tout petit, a la flou de l’àdye,
Aqui besouy mouri lou pay,
Puch, au sourti d’esta maynàtye,
Aqui ploura la praube may.

Bielhe maysoû, la mégne aymade !
Arré de bielh ne pot dura.
Un triste your d’ue triste anade
La maysoète que s’eslurra.

Deban las rouynes amassades,
Deban aquet loc dé doulou,
Que plourém las causes passades,
E lou mey co que se-m henou.

A bint pas, calou ha bastisse
E despessa so d’ayassat
Ent’acabi lou sacrifice
De l’oustau qui abi tan aymat.

Que pouyèn à la maysoû nabe
E bielhe pèyre e bielh calhau ;
Dempuch lou soum dinca la cabe,
Tout que lusech coum so nau.

Mé l’aute bielhe que-m hè reyte,
E lou soun dou en-m pot passa ;
Soubén, a la sou place boèyte
Que bau sieta-m enta pensa.

Jean Marcellin BARROS

Reclams 1912 p. 58 et 1929 p. 76.

° ° °

Traduction approximative pour versification française par YP F

LA VIEILLE MAISON
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Elle était vieillotte la maisonnette,
Toute tordue par les années
Et soutenue la pauvrette,
Chaque côté par quatre étais.

Elle avait deux ailes entières
Avec un toit gris et vieux,
Vieilles maisons, grandes gouttières
Aucun proverbe ne lui sied mieux.

Quand les bourrasques s’enrageaient,
Ecuelles et grands pots sous les gouttières,
Il fallait se battre comme des naufragés
Pour écoper des heures entières.

Plaques et meurtrissures sur les murailles,
Aux petites fenêtres, brèches et entailles
Et dans les hauts de grandes lézardes
Ouvraient largement leurs lèvres blafardes.

Ici et là courrait le lierre
Dans les ombres des caniveaux
Et avec la mousse entre les pierres,
La végétation pendait des soliveaux.

Et à l’intérieur dans les chambres obscures
Sur les carreaux, fendus usés
Apparaissent cent figures
Qu’aucun peintre n’aurait pensé.

Vieille maison que j’aime tant
Ici, les miens naquirent et moururent
Avec de belles périodes qui furent
Mélangées de mauvais et bon temps.

Moi, j’y vis la première lumière,
Je la vis, pauvre en pleurant,
Dans cette terre de misère,
Sourires après et pleurs avant.

Tout petit à la fleur de l’âge,
Là, je vis mourir le père.
Puis, en tournant une page,
Là, je pleurai la pauvre mère.

Vieille maison que j’aime tant
Rien de vieux ne peut durer
Un triste jour, d’un mauvais an,
La maisonnette se mit à glisser.

Devant les ruines rassemblées,
Devant ce lieu de douleur,
Nous pleurâmes les choses passées
Et mon cœur se fendit de malheur.

A vingt pas, il fallut reconstruire
Et araser ce qui était empilé,
Pour achever le sacrifice et détruire
Les restes de la demeure que j’avais tant aimé

On monta à la maison moderne
Et vieilles pierres et cailloux veufs.
Depuis la cave jusqu’à la lanterne
Tout luit comme du neuf

Mais, l’autre vieille me manque
Et son deuil ne peut passer.
A sa place vide, en manque,
Souvent, je vais m’asseoir pour penser !

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LE "MAYSOUN BLANQUE"
de Bertrand Isidore Salles


C’est une des plus belles poésies gasconnes écrite par l’un des plus grands poètes gascons connus.

Isidore est né le 13 février 1821 à Sainte Marie de Gosse dans la « Maysoun Blanque », la maison Sabaté.
Il est le dernier enfant de Louis Salles, chirurgien et de Marie Hountebeyrie. La mère meurt très vite après sa naissance. Isidore est alors confié à la vieille servante Yanette qui ne parle que gascon.
Etudes au Collège d’Aire
En 1837, il est à Bayonne.
En 1840, il part pour Paris où il fait la connaissance de Victor Hugo, de Lamartine et de Sainte-Beuve.
En 1848, il est nommé sous-préfet de Dax.
En 1849, il devient secrétaire d’Achille Fould puis sous-préfet de Bar sur Aube, ensuite préfet de la Creuse, des Pyrénées Orientales et enfin du Haut Rhin en 1870. Il est à Colmar quand les prussiens arrivent.
Vers 1880, retour aux sources : le gascon.
Il revient au pays mais la maison blanche est vendue.
Il meurt en 1900 à Paris.

Un jour, son ami gascon Félix Labrouche lui dit qu’il rentre au pays pour prendre sa retraite. Isidore lui envoie comme réponse la poésie : « le Maysoun Blanque » qui comprend :

- Une introduction réponse
- Une première partie où il décrit la maison de son enfance avec une grande tendresse et la vie familiale.
- Dans la deuxième partie, il raconte la vente de la maison et son retour, un triste soir, devant la porte devenue étrangère.
- La troisième partie est la plus émouvante et la plus belle. Il demande à Félix d’aller faire un geste symbolique : couper une branche pour définitivement rompre avec le passé.
- Puis c’est l’émouvante conclusion.

On atteint ici le sommet de l’art poétique en langue d’oc. On n’a plus ensuite envie de traiter cette langue… de patois.

Idiome : gascon nègue du pays d’Orthe

LE MAYSOUN BLANQUE
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A Félix LABROUCHE

Amic, qu t’en bas au pèis !
Bet temps passat que ne l’ey bis !
Douman, en route,
Dap tu qu’y bourri bien ana !
Mes ço qui-m’ retin d’y tourna,
Bos sabe, escoute !

I

Lou Poun de Lanne trubessat
E lou Cahurt un cop passat,
A gauche, estanque :
Sus un tuc, prés de Guilhemin
Que beyras, au bort dou camin,
U’ maysoun blanque !

Pignoun puntut e teyt teulat
Sus u’ façade chens esclat
De nade sorte
Un petit casau bien oubrat
E cauques pes de cassourat
Deban le porte !

Mes dequet tuc, dap lou sourelh
Qui ne l’a bis lou cop de oelh
Ne pot pas sabe :
Guiche, Lanne, Sen Loun, Belus
E dous prats berts, bets ribans blus
L’Adou, lou Gabe !

Dous grans chens embia lous beys,
Aqui bibén, urous com reys,
Brabe familhe,
Un pay, mé balen que nat pay,
U’may, melhe que nade may,
Dus hilhs, ue hilhe !

Lachan l’escole per lou bos,
Lous hils qu’aben lou diable au cos ;
Le so, l’aynade,
Que biné dou péis doun bin
L’anyou dou céu e s’en soubin !
Sente maynade !

Despuch tustem en la maysoun
Mitat daune, com de resoun,
U’bielhe gouye
Aus dus petits mourens de pou
Countabe habe e lou-garou,
Lous yours de plouye !

Touts que l’aymaben à l’oustau,
Com aymaben lou bielh chibau
E le bretoune
Qui balhade de tan boun let
E lou bet can, binut d’Anglet,
Noumat Bayoune !

Touts lous dimenyes, sus lou pic
De miyour, biné cauque amic
Minya le daube
E qu’ère aban tout dap pietat,
Tustem boutade de coustat
Le part dou praube !

Lou sou cadut, touts à yenous !
Le may que pregabe tout dous,
Dap u’ fé bibe…
Lous maynatyes que respounén,
E le gouye, en disen amen,
Que s’adroumibe !

II

Mes le hauts dou tems rigourous
Seguech beléu de l’atye urous
Le prounte hoeyte !
Douman lous auts e oey lous uns !
Amics partits, parens defuns
E case boeyte !

Ets que repausen au segrat !
Biu, un tout sou qu’es damourat
Mès que s’apreste…
Qu’a lou co debat lou gazoun
E qu’ bis le praube maysoun
Chanya de mèste !
Un triste sé, qu’ère arrestat
Deban le porte oun lou passat
Tustem rayoune…
En hargnan un can qu’es sourtit…
E tu tabey, qu’es doun partit,
Praube Bayoune !

III

De tout aco que-t’ soubiras
Penden lou biatye è, quen beyras
Le maysoun blanque,
Dou cassourat ou dous lambrots
Oun cantaben lous carnirots
Coupe-m’ u’ branque !

Qu’abiseras per lou pourtau,
Si les arroses dou casau
Soun tustem bères.
E, les flous de l’acacia.
Plantat là bas, - bet tems y a !
Tustem nabères !
E sustout salude en pregan,
A le ferneste dou mitan,
Dessus le porte,
Le crampe aus cabirouns touts nuds,
Oun lous maynatyes soun baduts
E, le may morte !

Amic, que t’en bas au péis !
Praube péis ! ne l’ey pas bis
qu’a bére pause !
Dap tu qu’y bourri bien ana !
Ço qui-m’ hey péne d’y tourna,
Qu’en sabs le cause !

Bertrand Isidore SALLES

TRADUCTION
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LA MAISON BLANCHE

Ami, tu t’en vas au pays.
Il y a bien longtemps que je ne l’ai vu le pays !
Demain, en route,
Avec toi, je voudrai bien partir !
Mais ce qui me retient d’y revenir
Tu veux le savoir, écoute :

I

Le pont de Port de Lanne traversé
Et le Cahurt, une fois passé,
A gauche, fais une pause franche !
Sur une colline, près de Guillemin,
Tu verras au bord du chemin,
Une maison blanche.

Pignons pointus et toitures en tuile,
Devant une façade, pas peinte à l’huile,
Sans éclat d’aucune sorte,
Un petit jardin bien travaillé
Et quelques pieds de chêne taillés
Devant la porte

Mais de cette colline, avec le soleil
Qui n’a pas vu le coup d’œil
Ne peut pas imaginé en étrave,
Guiche, Port de Lanne, St Lon, Bélus
Et des prés verts, au pied du tumulus
L’Adour, le Gave.

Des grands, sans envier les anciens,
Ici, vivaient heureux et bien,
Une brave famille :
Un père, plus vaillant qu’aucun autre père,
Une mère, meilleure qu’aucune mère,
Deux fils, une fille.

Les fils, laissant l’école pour les bois,
Ils avaient le diable au corps les deux à la fois.
La sœur, l’aînée,
Elle venait du pays d’où vient
L’ange du ciel et je me souviens
Sainte, elle était née.

Depuis toujours dans la maison,
Moitié maîtresse comme de raison,
Une vieille fille
Devant laquelle les deux petits mourraient de peur
Quand elle contait, fées, loups garous et malheurs,
Les jours de pluie en famille.

Tous l’aimaient au logis familial,
Comme on aimait le vieux cheval
Et la vache bretonne
Qui donnait du si bon lait
Et le beau chien venu d’Anglet
Nommé Bayonne.

Tous les dimanches, sur le coup de midi,
Il venait, souvent, quelqu’ami
Manger la daube, bien mitonnée
Et c’était avant tout avec piété
Qu’était mise de côté,
La part du mendiant vanné.

Le soleil couché, à genoux,
La mère priait au milieu de tous
Avec une foi vive,
Les enfants répondaient
Et la vieille fille, amen, elle disait
Puis, elle s’endormait plaintive.
I I

Mais, l’époque des temps rigoureux
A remplacé l’âge heureux,
Dans une prompte course rapide.
Demain, les autres et aujourd’hui les uns
Amis partis, parents défunts
Et la maison vide.

Eux, ils reposent dans le cimetière hanté.
Vivant, un tout seul est resté,
Mais il est prêt à disparaître.
Il a le cœur sous le gazon
Et il a vu la pauvre maison
Changer de maître.
Un triste soir, il s’était arrêté,
Devant la porte où le passé
Toujours rayonne.
Avec hargne un chien est sorti
Et toi, aussi, tu es donc parti
Pauvre Bayonne.

I I I

De tout cela, tu te souviendras
Pendant le voyage et quand tu verras
La maison blanche,
Les lambrusques et la chênaie
Où chantaient les chardonnerets,
Coupe-moi une branche !

Tu regarderas à travers le portail, enfin,
Si les roses du jardin
Sont toujours belles
Et les fleurs de l’acacia
Planté là bas, longtemps, il y a
Toujours nouvelles !

Et surtout, salut en priant Dieu,
Vers la fenêtre du milieu.
Au dessus de la porte,
La chambre aux chevrons tout dénudés,
Où les enfants sont nés
Et la mère… morte !

Ami, tu t’en vas au pays,
Je ne l’ai pas vu, le pauvre « païs »
Cela fait une belle pause !
Avec toi, je voudrai bien aller
Mais ce qui me fait peine d’y retourner,
Tu en connais la cause !

Bertrand Isidore SALLES

Traduction approximative pour versification française
Jeanne SAINT ANDRE +
Jean-Paul FARBOS

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