mercredi 8 octobre 2008

S : Saint Sever Etude de géographie urbaine 1971 - 1ère partie

Je publie ci-dessous le texte intégral de mon Travail d'Etude et de Recherches (T.E.R.) soutenu à l'Université de Bordeaux, faculté des lettres et sciences humaines en octobre 1971 dans le cadre de ma maîtrise de géographie.
Le jury, présidé par le doyen Louis Papy assisté de Mlle Cassou Mounat et M Barrère, m'a attribué la  mention bien.
Le président Papy m'a félicité et m'a dit : On ne vous donne pas mention très bien car vous avez par deux fois écrit palier aux et non palier les.



Université de BORDEAUX                                                                           1
               Faculté des Lettres
                                   Et
                 Sciences Humaines




SAINT – SEVER

Etude de géographie urbaine








           
         

               Novembre 1971 Jean-Paul FARBOS


T.E.R.


Sous la direction de Melle CASSOU-MOUNAT
de l’université de Bordeaux



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A ma mère

     A mon père décédé…










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AVANT-PROPOS
Cette étude urbaine sur Saint-Sever, nous l'avons choisie en raison de notre origine et de notre attachement à la terre gasconne. Etant enfant du pays, nous avons trouvé de grands avantages dans la recherche et la collecte de la documentation de base. Mais notre état de Saint-Séverin, nous oblige à consacrer de gros efforts dans l'application objective des faits humains et économiques.
Notre but n'est pas de faire l'historique de cette vieille cité mais de nous servir de l'histoire afin d'expliquer l'évolution de la morphologie urbaine. Le poids de l'histoire et le long déclin de la cité doivent nous contraindre à orienter nos recherches économiques et humaines relativement loin dans le passé afin d'élucider certains caractères actuels.
Ces travaux ne se consacrent qu'à la partie urbaine de la commune de Saint-Sever. Mais souvent il nous faut tenir compte de l'existence d'un secteur rural important en particulier lors de l'étude de la géographie de la population. Nous n'étudions donc ni la géographie de la partie rurale, ni l'économie agraire. Notre travail comporte par conséquent l'analyse de l'évolution de l'espace urbain et les problèmes actuels, l'étude de la géographie de la population et l'évolution des activités économiques.
Nous tenons à remercier en premier lieu l'artisan du renouveau de la cité, Maître Jean-Marie COMMENAY, le député-maire de Saint-Sever.
Nos remerciements s'adressent à toutes les personnes que nous sommes allés voir : M. DAUGE, secrétaire de mairie, Mlle Nicole Begards et les autres membres de son secrétariat et les services municipaux, les chefs d'entreprises et leurs employés, les commerçants, le service des archives départementales, la direction des Ponts et Chaussées, le personnel administratif de l'hôpital de Saint-Sever, le clergé paroissial, le personnel du service photographique de la base aérienne 118, le personnel de la gare S.N.C.F., les hôteliers, les architectes du nouveau plan d'urbanisme, M.M. GIRARD et De GUENIN, Maître DULAS, avoué honoraire et érudit, Melle Martine REY, auteur du T.E.R. sur Hagetmau, etc …
Nous ne pouvons oublier le Docteur Paul DUBEDAT, adjoint délégué aux affaires culturelles et au tourisme et M. MORINGLANE, adjoint délégué à l'aménagement urbain, pour leur aide technique et matérielle.
Que soit remerciée enfin, Melle CASSOU-MOUNAT, professeur, dont l'aide patiente et les conseils ont permis à ce travail d'aboutir.

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INTRODUCTION

La ville de Saint-Sever fondée en 963 ou 993 mérite à nouveau, depuis le recensement de 1968, sa place parmi les ensembles urbains avec ses 2 806 agglomérés et ses 4 360 habitants. La décadence de la ville depuis la révolution française fait de Saint-Sever une petite cité d'importance très secondaire dans le Sud-Ouest. Nous sommes loin de l'époque du passage des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et de la domination anglaise sur l'Aquitaine durant laquelle Saint-Sever faisait partie avec Bayonne, Dax, Tartas et Bordeaux des cinq villes dirigeantes. (Nous pouvons nous référer à la carte, page 118 de l'Atlas Historique de Poche Stock). Actuellement, la cité joue un rôle minime venant surtout de sa situation.


SITUATION DE LA VILLE : (Cartes n° 1 et n° 2)
A 16 kilomètres de Mont de Marsan, 37 d'Orthez, 44 de Dax, 64 de Pau, 91 de Bayonne, 139 de Bordeaux, Saint-Sever est située à la charnière entre la vaste plaine des Landes au nord et les collines accidentées de la Chalosse au sud. Au contact des deux zones économiques différentes, la cité fait figure de porte de la Chalosse. Le pont sur l'Adour et la route nationale franchissant l'abrupt nord du glacis de Garlin – Saint-Sever confirme cette dénomination. La carte n° 3 montre très nettement l'influence du pont et de la côte de Saint-Sever. Ainsi, les 2/3 des aturiens chalossais de la zone d'influence de Mont-de-Marsan passent par le pont de Saint-Sever pour se rendre au chef-lieu des Landes. Ce fait est rendu possible par la nationale 133 (PERIGUEUX PAMPELUNE) qui est la seule voie de cette importance, traversant la Chalosse dans la direction Nord-Sud et par la convergence près de la ville de la nationale 644 et des départementales 8,32, 21 et 25. La carte n° 3 est l'illustration de ce fait caractéristique.
Si, provisoirement, le pont de Saint-Sever est limité à 20 tonnes, l'achèvement des travaux accentuera cette fonction de passage d'autant plus que les ponts voisins de MUGRON et GRENADE servent à des départementales à faible débit, à parcours sinueux et dangereux pour les poids lourds. Nous avons pu chiffrer cette fonction de passage grâce aux sondages des Ponts et Chaussées. D'après un sondage, effectivement entre le 17 et le 23 mars 1971, il passe en moyenne 3 351 véhicules par jour mais ce nombre peut atteindre 5 000 à 5 500 durant l'été. Au point de passage sur le fleuve s'ajoute le carrefour des routes nationales 124 et 133. La grande voie TOULOUSE-BAYONNE par le Nord suit depuis AIRE la vallée de l'Adour transformant cette route en un des principaux axes routiers des Landes. Le trafic sur la nationale 124 est d'environ 1 600 véhicules par jour. Ce carrefour est rendu plus important par les directions des deux routes.
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Cette situation favorable sur les axes routiers risque d'évoluer en raison des orientations du C.O.D.E.R. d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées. En effet, les récentes décisions oublient le pont de Saint-Sever et la Chalosse et surtout les prolongements vers Sault-de-Navailles, des Landes, du Pont-Long pour la liaison Bordeaux-Pau. Mais surtout le projet de construction de la nouvelle route nationale 124 depuis Nogaro par Villeneuve ou la déviation de Grenade sur Mont de Marsan porte un grave préjudice à la situation jusqu'alors favorable au Cap de Gascogne.
Les autres routes sont d'intérêt local et les flux sont faibles. La nationale 644 en raison de l'étroitesse de la chaussée et son tracé sinueux ne joue qu'un rôle local. Ses 1 500 voitures à la sortie de Saint-Sever ne sont que 465 à Lacajunte en pleine zone rurale.
La situation dans le cadre régional tend à se modifier au détriment de la cité en raison des grandes orientations du réseau routier. Mais sur le plan landais et local, Saint-Sever garde sa position de charnière entre deux régions physiques et économiques très différentes malgré la présence de Mont de Marsan qui joue ce rôle avec brio.
CLIMAT :
Le climat de Saint-Sever comme celui de la région est océanique de type aquitain avec comme dominante des hivers doux et pluvieux et des étés relativement chauds. Mais il faut noter le petit hiatus climatique entre la Chalosse plus tempérée et entre la plaine landaise.
Les gelées sont moins nombreuses et moins tardives sur les collines que dans la vallée. Cette différence est très sensible à Saint-Sever entre la partie basse et la ville haute. Il en est de même pour les brouillards. Le climat des collines se rapproche davantage du climat palois que du micro climat montois.
Les précipitations s'élèvent à 858 mm par an en 119 jours. Il ne tombe que 790 mm à Aire, à l'est et 920 mm à Hagetmau, au sud. Les pluies d'automne avec 235 mm sont plus importantes que celles de printemps 210 mm (65 mm en avril). Les étés connaissent des pluies irrégulières. Si en moyenne il tombe 44 mm de pluie durant le mois de juillet, les variations sont très importantes entre deux années consécutives. Par exemple : en 1936, il est tombé 113,1 mm d'eau et en 1937, pas une goutte. Ces chiffres proviennent de la thèse de M. LERAT "Les Pays de l'Adour".
Ce climat océanique doux l'hiver et chaud l'été est un gros avantage pour Saint-Sever comme pour le sud de la région Aquitaine.



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PREMIERE PARTIE :


L'EVOLUTION DE L'ESPACE URBAIN

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SES PROBLEMES ACTUELS








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CHAPITRE 1 :

LE SITE

Si l'abbaye s'est installée à des fins religieuses, la ville se développe en raison du site exceptionnel que consti­tuent les abords du monastère. Ainsi, pour la période médiévale, le site prime sur la situation contrairement à nos jours.
Description du site avant l'urbanisation : Cartes n° 4 et n° 5
L'Adour, fleuve aux méandres divagants coule dans une vallée très dissymétrique. Au Nord, la plaine s'élève très lentement. Le fleuve qui changeait souvent de lit se déplaçait sur une bande de terre pouvant aller jusqu'à 2 km de large depuis le pied de l'abrupt. Le plateau a une altitude moyenne de 95 mètres. Il se termine à l'ouest par un éperon dû à la jonction de la vallée de l'Adour de direction Est-Ouest et la vallée du Gabas de direction générale Sud-Est, Nord-Ouest. Il s'agit donc d'une langue de terre s'élargissant vers l'est. Le plateau s'élevant progressivement vers le Sud-Est, est couronné par le POUY de MONTSOUE (167 m) situé à 6 kilomètres du centre de la ville. L'abrupt Nord a en moyenne 50 mètres de dénivellation et est boisé d'une végétation très luxuriante empêchant les phénomènes de glissement et d'érosion régressive. Mais le plateau est disséqué par des vallons étroits et profonds généralement perpendiculaires à l'abrupt Nord. Depuis l'éperon Ouest, nous en trouvons 5 importants (carte n° 5). Un de ces vallons (ruisseau du Touron) se divise en deux à 200 mètres de la ligne formée par l'abrupt. La branche Est, sur laquelle de nos jours la route nationale 133 prend assise, a sa tête de vallon (actuellement la place du Cap du Pouy) qui est à une vingtaine de mètres d'une branche du vallon suivant (Côte de Brille).
Ce trait du relief donnant une butte entourée de fossés  naturels (Morlanne). En arrière de cette butte, le plateau est pris entre le vallon du ruisseau du Touron à l'Ouest et le vallon du ruisseau de Proyan à l'Est, cette portion de terre supportant la ville actuelle.

Etude morphologique du site :
Cette étude provient d'un assemblage d'extraits des livres de MM. H. ENJALBERT, TAILLEFER et L.A. FABRE " Le bord de la Chalosse est un immense balcon suspendu au-dessus de la mer des sables et de la forêt sombre. La terrasse de St Sever est dominée par les replats alluviaux de la Chalosse d'une vingtaine de mètres qui sont dominés de 40 mètres par la bute de MONTSOUE qui appartient à l'ancienne surface ponto-pliocène. Il n'est guère douteux en effet que la dissymétrie de la vallée de l'Adour ait une origine surtout structurale.

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Les terrains qui affleurent sur le versant raide (molosse oligocène, grés éocène et par places calcaires marmoréens du crétacé supérieur), sont plus résistants et plus anciens que ceux du versant droit formés de dépôts peu consistants tous post-helvétiens. Les terrains du versant gauche plongeant vers le Nord sont peut être interrompus par des failles. Là on est à bout de voie, on a l'impression d'une chose incomplète, d'un hiatus géologique inexplicable, tant la brusque coupure qu'ouvre le fleuve dans ces masses friables de sables fauves et de cailloutis est étrange. L'aspect de ces môles gigantesques sur lesquels perchent Saint-Sever, Montaut, Mugron, face à l'Océan landais est saisissant …
Les profonds ravins dont la direction change avec celle de la pente de la terrasse et tourne comme elle vers le Nord-Ouest sont des sortes de reculées dont le développement a été vite arrêté. Le plus long ne mesure que 4 kilomètres, la nappe perméable des cailloux ayant protégé les sables fauves post-helvétiens et les marnes sous-jacents disposés en couche à peu près concordantes qui affleurent sur les versants des ravins. La terrasse conserve sa forme grâce à sa perméabilité et à la végétation de l'abrupt".

L'histoire du site préhistorique de MORLANNE :
La butte préhistorique a une surface plate de près de 3 hectares. Ce site a permis l'installation d'un foyer préhistorique. Cet emplacement suffit largement aux besoins des hommes de la préhistoire et de la protohistoire. Lors de l'arrivée des romains, des éléments de l'armée de Crassus en 56 Avant Jésus Christ remodelèrent la butte en un petit oppidum. Un gouverneur, dont le palais sommait l'éperon, le PALESTRION, régentait le pays et ce municipe bientôt florissant prit au cours des siècles et notamment vers la fin du IIIe siècle, la forme d'une véritable cité commerçante et agricole. Le poste prit le nom de CASTRUM CAESARIS.
Survint dans la seconde moitié du IVe LE CENTURION romain SEVERUS qui, à la tête d'une poignée de partisans, avait quitté sous JULIEN L'APOSTAT, le Bas-Danube pour aller vivre selon sa foi. Leur longue route les conduisit de TOULOUSE et de NARBONNAISE sur les rives de l'Adour. Mais en 407, le peuple vandale martyrisa SEVERUS qui aurait, après sa décollation, ramassé son chef pour le porter sur le plateau à l'emplacement de la ville actuelle. L'oppidum tomba et sur le tombeau du martyr les miracles se multiplièrent. Quoiqu'il en soit, l'existence sur la butte d'un monastère de l'ordre de SAINT BENOIT auprès du tombeau semble certaine à la fin du VIIe siècle. Mais vers 818, l'abbaye est complètement anéantie pendant la guerre entre les VASCONS et LOUIS LE PIEUX.
Cependant, le dixième duc d'Aquitaine, GUILLAUME SANCHE, vainqueur des SARRAZINS à TALLER, accomplit le vœu qu'il avait formé au cas où la victoire sourirait à ses armes et décide à construire un deuxième monastère en 963 ou 993, la date étant controversée. SANCHE voulut créer un grand monastère ayant un puissant rayonnement. Le site de MORLANNE s'avère trop petit pour supporter les bâtiments conventuels, les dépendances et les jardins.



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Par contre, la butte répondait parfaitement aux exigences militaires en ce début du Moyen Age. Le monastère s'installa sur le plateau à 300 mètres au Sud de MORLANNE. Autour de ce foyer, la population s'empresse d'accourir afin de se placer sous sa protection.
Le site Médiéval
Le centre de ce site est la position de l'îlot actuel Abbatiale-Mairie. Le monastère se trouve protégé à l'Ouest par le vallon du TOURON approchant à 100 mètres, au Nord à 200 mètres par le vallon séparant le plateau de MORLANNE, au Nord-Est à 300 mètres par le vallon de l'école chrétienne, à l'Est le vallon de PROJAN est le plus éloigné (700 mètres). Les ravins forment ainsi d'excellents fossés naturels à l'Ouest et au Nord de la ville. L'ensemble MORLANNE-La ville forme un endroit excellent de défense surtout orienté vers le Nord.

Problèmes actuels du site
L'abrupt et l'Adour coupent en deux la commune posant des problèmes de communication. L'unique pont routier sur l'Adour qui se trouve en zone urbaine constitue un véritable cordon ombilical. L'Adour est donc un grand obstacle pour la partie rurale de la commune. L'abrupt est lui aussi une véritable barrière. La route nationale 133 est le seul accès en venant du Nord par la partie centrale et la partie Ouest de la commune. La partie Est possède une petite route vicinale (carte n° 4).
Mais l'existence des ravins est plus grave : s'ils ne découpent pas la zone urbaine en plusieurs parties, ils l'ont modelée. Ils posent des problèmes de communications, d'infrastructure (eau, gaz, électricité). Le déversement des égouts dans leurs ruisseaux peuvent, outre la pollution, faire reprendre une érosion régressive arrêtée provisoirement par une végétation en équilibre instable.
Les conséquences de ce site défensif ont fait que la ville haute n'a pu acquérir la voie ferrée, la zone industrielle et les grands équipements sportifs et touristiques. Certes, si la poussée urbaine vers le Sud permet aujourd'hui de déborder les ravins du TOURON et de PROJAN, ces vallons gênent le développement harmonieux d'une ville de cette importance.

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CHAPITRE II
L'EVOLUTION HISTORIQUE
DE LA MORPHOLOGIE URBAINE

La seconde abbaye devait donner naissance à la ville de Saint-Sever et subsister jusqu'à la Révolution.
La deuxième abbaye et les débuts de la ville (988-1099)
Au milieu du XIe siècle, les biens fonciers légués ou donnés par Guillaume SANCHE étaient déjà mis en valeur. D'autre part, dès cette époque, les moines bénédictins avaient construit bon nombre de leurs bâtiments abbatiaux. Pendant le XIe siècle, le monastère voit encore accourir nombre de familles désireuses de s'établir auprès de lui, de profiter de sa protection et de participer à sa richesse. La ville n'a pas d'autre origine que cette première agglomération et n'aura pas d'autre nom que celui de l'abbaye elle-même. A la fin du XIe siècle, la zone urbanisée, outre le monastère, s'étendait à l'Ouest de celui-ci (actuellement, approximativement, depuis l'ancienne sous-préfecture jusqu'à l'école maternelle et la porte du TOURON
L'éclosion de la cité (1000-1294)
La situation des habitants vis à vis de l'abbaye appelait un règlement. L'Abbé SUAVIUS l'établit et l'octroya en 1100 en échange de l'autorisation requise par les Saint-Séverins d'enfermer leur ville naissante à l'intérieur des limites précises qui seraient en même temps de solides murailles. De ce statut urbain (un des plus anciens octroyé en Gascogne), il faut retenir outre les clauses concernant les droits respectifs des signataires les contraintes territoriales.
Ainsi, d'après le bénédictin du BUISSON :
-       au nord s'étendait le cimetière
-       à l'est se trouvait un jardin assez petit
-       au sud était un espace jusqu'au petit pont, c'est à dire l'actuel PONTIX ou PONTILS
-       à l'ouest un autre espace appelé plus tard TOUR DOU SOU (TOUR DU SOL –Ces espaces dits "places" étaient destinés à isoler le monastère et à recevoir le cas échéant de futures constructions  abbatiales. A l'ouest de la porte du TOURON jusqu'à la fontaine dans le ravin du même nom s'étendaient des vergers et des jardins. Au sud-ouest, il y avait après la porte des Pontils encore des vergers et des jardins jusqu'au chemin de la GALE (Rue Ernest Leroy).




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Au sud-est de la ville se tenait le marché de la LOUBERE. Ce quartier se composait de maisons sans murs de défense. Le site de ce faubourg est obscur. Le lieu actuellement appelé LALOUBERE se situe à 1 200 mètres au sud de l'abbaye sur le bord de l'abrupt dominant la vallée du GABAS. Cet endroit est actuellement situé dans la zone rurale et sur aucun plan nous ne trouvons de traces d'un petit ensemble urbain.
Il nous semble que le plateau au sud du Bourg-Neuf (actuellement quartier autour du Castallet) justifie mieux l'emplacement de ce marché. Durant les troubles et les guerres, le marché hebdomadaire du jeudi au dimanche se tenait sur le TOUR DOU SOU. Chaque année avait lieu une foire annuelle de onze jours à partir du jeudi après la Pentecôte. On vendait des draps de laine, de velours et même d'étoupe, des fougasses, des haubans, des mestures, des poissons de mer et d'eau douce (brochets, tanches, aubours, anguilles et "colacs", du miel, des piquets, des cercles de barriques, des paniers en osier, etc … Les forains se composaient de marchands de résine, d'apothicaires, de marchands d'eau de vie, de bérets, de verres et de pots d'étain, de potiers, de fabricants de chaudière, de marchands d'acier, de fer et de clous, etc ..
La puissance de l'abbaye augmentait avec l'extension de la cité. En 1141, SAINT PIERRE DU MONT était sous la tutelle du monastère et PIERRE, vicomte de MARSAN doit demander le consentement de l'Abbé ROGER afin de construire la ville de MONT DE MARSAN.
En 1152, se produisit un événement d'une importance régionale qui entraînera très indirectement des modifications de la morphologie urbaine : ALIENOR d'Aquitaine se marie avec HENRI PLANTAGENET qui devient roi d'Angleterre. La Gascogne et St Sever passent alors sous domination anglaise. L'histoire de la ville se trouve alors liée jusqu'en 1442 à l'histoire anglaise. L'insurrection municipale du XIIIème siècle se termine par un acte dit "PARREAGE" du 31 juillet 1270. Parmi ces clauses, il nous faut retenir : la cessation au roi du castrum de Morlanne et la moitié des revenus perçus sur les cultures et les vignes du plateau de Morlanne, l'autorisation donnée au roi de construire un moulin sur l'Adour et surtout le droit de construire une maison en planches à l'est de l'abside de l'abbatiale dans l'antique cimetière  (actuelle place de Verdun) destinée à abriter les clés de la ville. Cette construction donnant sur la rue du PRAT devient ensuite la mairie et le reste jusqu'à la révolution. A l'est de la maison commune, les maisons s'édifient (actuellement près des rues Lamarque et Agnoutine).
En 1287, s'installe dans la ville une communauté de l'ordre des Dominicains : les JACOBINS (photographie 3, planche 1). Ces bâtiments sont construits à 200 mètres à l'est de l'abbaye bénédictine et semblent à cette époque "extra-muros". Mais dans les années qui suivent, le couvent se serre à l'intérieur des murs.

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Les ravages des guerres franco-anglaises

Après cette période de développement urbain, l'ensemble urbain allait avoir sa large part de souffrance dans la lutte intermittente qui mit aux prises anglais et français. En 1295, Charles de VALOIS, frère de Philippe le BEL, assiège le 6 avril la ville qui tombe le 25 juillet. Mais les anglais reviennent quelques mois après et la ville s'est rapidement relevée et continue de croître entre les Jacobins et PONTIX.

La prise de St Sever en 1360 par LESCUN et le tremblement de terre du 2 mars 1372 freinent l'extension de la ville et produisent de gros dégâts aux constructions déjà existantes. La guerre se porte dans le nord de la France et St Sever panse ses blessures.

Au début du XVème siècle, la ville se compose de deux parties inégales :

- la zone "extra-muros" se compose d'une somme de petits faubourgs parfois fortifiés. Au bas du Pouy, l'hôpital et la Chapelle Saint-Michel, le pont en bois sur l'Adour et le moulin de Cartie constituent les seules constructions de la zone urbaine actuelle. Le castrum de Morlanne se situait au sud-est du plateau sur les deux buttes féodales. Il semble que la rue Tournante et la rue de Pontix, et le groupe de maisons symétriques par rapport à la rue de Pontix, pouvaient constituer un petit ensemble fortifié protégeant la porte du sud-ouest dite de Pontix située à 30 mètres au nord. Le bourg de l'Aiguillerie existe au sud de la ville et il pouvait être fortifié le cas échéant. La fabrique d'aiguilles se situait près de la porte sud-est.

- la zone "intra-muros" est délimitée par un mur de 1150 mètres de longueur. Elle a une forme triangulaire. Ces derniers espaces construits à l'intérieur se situant dans la partie sud et sud-est de la vieille ville. La surface urbaine "intra-muros" s'élève alors à environ 5 hectares. L'entrée dans la vieille ville se faisait par 4 portes principales :

- la porte des POUSSOLES (TOURON) à l'ouest

- la porte de PONTIX au sud-ouest

- la porte vers LA LOBERE au sud-est

- la porte du PALESTRION au nord

Le franchissement de l'abrupt se faisait par 2 chemins carrossables, celui de la côte de Brille (porte du Palestrion) et celui de la côte du TOURON (porte des Poussoles).

En 1441, la guerre revient en Gascogne et après la chute de TARTAS et de MONT DE MARSAN, le 27 juin 1442, Charles VII en personne assiège SAINT SEVER. Les cinq lignes de défense (comprendre des points de résistance à l'intérieur et à l'extérieur) sont enlevées et la ville tombe. Mais les Anglais reviennent et durant l'automne, SAINT SEVER supporte un siège d'un mois et tombe définitivement aux mains des Français.


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De la 1ère reconstruction au passage des protestants (1443-1569)

Les revenus de l'abbaye sont très bas, le désastre est grand, nombre de gens ont péri, des îlots entiers ont été détruits par les flammes. Encore une fois, les bénédictins seront les principaux artisans du redressement. Au début du XVIème siècle la reconstruction se poursuit lentement. L'abbé Gabriel de GRAMMONT fonde un collège.De 1568 à 1570, la Chalosse subit les horreurs des guerres de religion. A partir du 11 septembre 1569, le huguenot MONGOMERY met la ville à sac. Outre la destruction presque totale de l'abbaye, il brûle beaucoup de maisons dans la ville et les faubourgs.

La 2ème reconstruction et les grands travaux du XIIIème siècle (1571-1809)

Une dernière fois, les bénédictins reconstruisent leur abbaye, leur église et leur ville mais les dernières réparations s'achèvent en 112 ans après la destruction par l'abside de l'abbatiale.

Deux nouvelles communautés religieuses s'établissent. Les capucins construisent en 1624 leur couvent et leur église dans le faubourg de la Guillerie (actuellement l'hôpital de SAINT SEVER). Les moniales de l'ordre de St URSULE quelques années plus tard, après l'accord des bénédictins et la destruction d'un îlot s'installent à l'intérieur des murs à 50 mètres au nord de l'abbaye des disciples de St Benoît. Ainsi, à la fin du XVIIe siècle, Saint Sever abrite 4 communautés.

Fin juin 1653, Saint Sever est menacé et mis en état de défense en raison des troubles de la Fronde, mais l'assaut n'a pas lieu et la ville peut ensuite penser à améliorer sa morphologie urbaine.

Durant le XVIIIème siècle, comme dans beaucoup de villes françaises, les intendants et les municipalités pratiquent une politique de grands travaux faisant éclater les remparts. Tout d'abord, le château fort de Morlanne est rasé et ses pierres servent à la construction de maisons. Les aménagements les plus importants sont la création de la nouvelle route destinée à franchir l'abrupt et les réparations du pont. Les travaux commencent après les expropriations en 1767 et s'achèvent en 1777. La côte contournant Morlanne a nécessité la création, sur l'ancien fossé, de la place du Cap du Pouy. De là part, le long du fossé, une route (rue Louis SENTEX) hors les murs qui rejoint à la place du Castellet la vieille voie passant par la ville. Depuis la place du Cap du Pouy, la rue qui monte à Morlanne est créée. L'actuelle rue Lafayette est alignée par des destructions d'arceaux. En 1778, un autre vieux monument disparaît. L'hôpital Saint MICHEL que les bénédictins avaient construit au Bas du Pouy au XIIIème siècle est détruit. De même, sous la Révolution, est démolie la mairie située sur l'actuelle Place de Verdun.

Le tourbillon révolutionnaire fait fuir les bénédictins, les capucins, les jacobins et exile provisoirement les ursulines qui s'installent plus tard à l'actuel dépôt CRABOS, rue du Général DURRIEU jusqu'en 1905. L'abbaye bénédictine est morcelée entre des particuliers, le clergé régulier et la communauté publique. Le couvent des Jacobins devient un collège. Les bâtiments des Ursulines sont transformés en Tribunal d'Instance, en prison et en gendarmerie qui quittent la place du CASTALLET. Enfin, le monastère des Capucins devient le nouvel hôpital. La sous-préfecture s'installe sur la Place du Tour du Sol.

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En 1809 est dressé le premier plan cadastral qui est le premier document sérieux décrivant la zone urbaine (plan n° 7). A cette époque, il nous est aisé de déduire d'après ce plan les zones construites entre la fin du XVème siècle et l'année 1809. Durant le XVIème, XVIIème et XVIIIème siècle, la ville s'étend en particulier à PONTIX sur le chemin de la gale (rue E. LEROY) et sur les côtés de l'actuelle rue St VINCENT DE PAUL, au TOURON à l'ouest de la porte du CASTALLET sur l'actuelle rue du CASTALLET, à la CIZE, à la GUILLERIE, au BELLOC (entre le chemin de la TUILERIE et la tour Sud-Est, à MORLANNE après la destruction du château fort, au bas du POUY et le long de la nouvelle côte. C'est durant cette période que PERE commence à se développer à partir de l'entrée Nord du pont actuel.



LA STAGNATION DANS LA CONSTRUCTION (1810-1945)

En 1810, le Général LAMARQUE achète un vaste espace situé au Nord des Jacobins. Il construit son château en plein centre de la cité en détruisant une placette, une portion de l'actuelle rue des Ursulines et entièrement une autre. Il crée le long de la face Nord de sa propriété une rue destinée à pallier la disparition de la vieille voie (actuelle portion de la rue Agnoutine donnant sur la nationale 133).

Le passage des troupes anglaises du Maréchal WELLIGNTON en 1814 ne perturbe pas la morphologie de la ville qui fut évacuée sans combat par les troupes anglaises de SOULT. Seul le pont sur l'Adour fut détruit une nouvelle fois. Si la cité s'était développée, le plan cadastral de 1844 aurait pu permettre par déduction de connaître l'extension de la ville depuis 1809. Durant cette période, outre les reconstructions de maisons vétustes, Saint Sever a gagné une dizaine de maisons et l'usine à gaz située au carrefour de la nouvelle côte et de la côte de Brille. De cette époque date l'endiguement de l'Adour et la zone industrielle. De cette période date aussi la création de la rue reliant la rue St Vincent de Paul et la rue de la Guillerie.

La fin du XIX ème siècle va surtout voir le développement des infras­tructures et des superstructures de la cité car la diminution de la population n'entraîne que peu de constructions. La ville s'étend à Morlanne, le long de la rue du Castallet et sur la route de Hagetmau, de la rue E. Leroy et entre le Bas du Pouy et le pont. Cette période est surtout marquée par l'éclosion de PÉRÉ qui s'étend jusqu'au carrefour des nationales puis sur la route de Tartas.

L'entre-deux guerres voit le développement de la zone située le long de la nationale 133 entre la nouvelle gendarmerie et le chemin vicinal du cimetière. L'installation du CARMEL date de l'entre-deux guerres.

Les infrastructures s'améliorent ou sont créées. La rue des TILLEULS est percée, en 1870 le pont reçoit un tablier métallique, la place du Tribunal est agrandie en 1894 et l'aménagement de la place de la République débute. Entre 1885 et 1889, le chemin de fer arrive et la gare est construite au Bas du Pouy. Un château d'eau est appuyé à la chapelle des Jacobins.


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Saint Sever crée aussi ses superstructures.

De 1882 à 1887, la nouvelle gendarmerie s'élève au BELLOC, puis les écoles publiques sont construites à la Guillerie et au Touron, les écoles privées à Prouyan. En 1895, à la place de la vieille gendarmerie, on édifie une halle destinée au marché à la volaille. C'est dans cette période que l'abattoir est construit près de l'usine à gaz. L'arrivée de l'électricité impose la construction d'une sous-station sur le chemin de Cachon. En 1933, les arènes sont élevées à Morlanne. L'école et la chapelle d'AUGREILH datent de l'entre-deux guerres (photographie n° 7, planche 2). Le parc de Toulouzette près de la Sous-Préfecture, le jardin public de Morlanne et les pentes commencent à être transformés en espace vert. De même les associations sportives créent deux terrains de sport, l'un rue St Vincent de Paul, l'autre dans la boucle de la voie ferrée au Bas du Pouy.

Enfin, en 1905, le couvent des Ursulines est fermé à cause de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et est transformé peu après en une manufacture de plumes. Le XIX ème siècle et le début du XX ème siècle, malgré cette énumération, voient un ralentissement très net de la construction. Ainsi, pendant un siècle et demi, Saint Sever gagne environ 50 à 60 maisons mais le nombre de reconstructions est beaucoup plus important.



Le léger redressement d'après guerre (1946-1962)

C'est en 1946 que Saint Sever se trouve au creux de la vague démographique. Mais surtout, à partir des années 1950, une partie de la population prend conscience du péril pour la cité. La période de 1948 à 1962 voit construire 95 logements pour 134 permis de construire, soit en moyenne près de 7 maisons par an. Ce chiffre est bas mais nettement supérieur à l'époque précédente. En 1952-1953 apparaît à Saint Sever une nouvelle forme de construction : le lotissement. Le seul lotissement de cette période est créé sur la route de Pau, près de la vierge de NOTRE DAME DE CHEZ NOUS, il comporte 29 LOTS. Mais il faudra plusieurs années pour l'urbaniser complètement. Malgré cela, le "coup par coup" continue, en particulier dans la rue ARNAUD DE MOLES, à partir du carrefour sur la route de Pau et en divers endroits de la zone urbaine. Mais ces constructions sont peu nombreuses.

Les superstructures sont améliorées par l'aménagement de la nouvelle halle en 1957 à l'emplacement de l'ancienne prison, par la transformation d'un immeuble de la rue de l'Hôtel de Ville en centre postal, par l'installation du C.E.G. en 1959 dans les locaux de l'ancienne Sous-Préfecture et par la création des douches municipales sur les anciens haras.

Ces réalisations s'accompagnent de travaux d'infrastructures : création d'une rue joignant directement la rue Lamarque à la Place de la République et la construction du parking de la Poste. Les travaux d'infrastructures portent aussi sur les routes vicinales et surtout sur l'adduction d'eau avec la construction en 1952 du grand château d'eau de HOUNTAGNÈRES.

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Il faut aussi noter la construction des usines COFNA et S.A.S.O.

Si, durant cette période, les réalisations et les constructions demeurent modestes, un groupe d'hommes de la génération d'entre-deux guerres prépare l'avenir proclamant "Saint Sever bouge".

L'explosion suburbaine (1963-1971)

Les chiffres sont significatifs :

- de 1948 à 1962 : 134 permis de construire soit 7 par an

- de 1963 à 1970 : 334 permis de construire soit 41 par an

La construction a donc sextuplé. Les lotissements se développent dans les trois zones urbaines. En 1964 à PÉRÉ, à l'ouest de la route nationale 133 et au sud de la route nationale 124 est tracé le lotissement du TÉRÉ qui comporte 16 lots. En 1967-1968, c'est le tour d'AUGREILH d'avoir son lotissement de 22 maisons avec le BETH-CEOU, situé sur le bord de la départementale 32. Mais pendant ce temps, en 1964-1965, la ville se développe à l'ouest par la cité MONTADOUR avec 125 logements. Au sud, sur le plateau de LARREBOUILLE, le lotissement CAP DE GASCOGNE avec 12 hectares et ses 87 lots double presque la surface de la ville. Ce lotissement ainsi que celui de LAPALOQUE ne sont pas encore entièrement achevés. Mais la zone urbaine s'agrandit aussi à PROUYAN par l'extension de l'école privée et quelques maisons individuelles ; sur la route de Pau où le lotissement NOTRE DAME DE CHEZ NOUS est relié à la zone urbaine par la construction en 1970-1971 du centre le "CAP", et à AUGREILH par des installations coup par coup le long de la départementale 32 et près de la halte. De même, la ville développe ses superstructures par l'agrandissement en 1965-1966 de l'hôpital en 1970, par la construction des HLM et de l'école maternelle en 1969. Les installations sportives sont améliorées et nanties d'une piscine en 1970 et des tribunes au stade 1971. Durant cette période, un véritable camping est construit au stade municipal et les bords de l'Adour sont aménagés.



Les infrastructures suivent le développement. Le réseau d'égouts est rénové, la distribution de l'eau est améliorée par les nouveaux châteaux d'eau de Hountagnère et du Pipoulan. Les voies sont refaites et des trottoirs sont installés le long de la nationale 133 dans la ville haute. La rue des Tilleuls élargie dote l'ensemble hospitalier d'un parking assez vaste. La traversée de la ville par le trafic lourd est améliorée par la création en 1970, à la limite sud du lotissement Cap de Gascogne d'une voie spéciale reliant la départementale 32 à la nationale 133, et par la réfection en 1971 du pont sur l'Adour. Un petit aérodrome est construit en 1963 au quartier d'Espagne.

Mais durant cette période, la rénovation urbaine préoccupe les édiles municipaux. Le percement de la rue du Sénéchal en plein centre de la ville et la création de 8 maisons en constituent le principal site. Il faut ajouter aussi

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l'élargissement de la rue A. Marrast, la création de la cour de l'Hôtel de Ville et la transformation de la place du Tribunal.

Enfin une zone industrielle de 8 hectares est créée en 1963 à l'ouest de Péré sur le bord de la nationale 124. Il faut signaler aussi la construction des ateliers SOLUMA, SOLEMA et DUBERNET.

Pendant cette période de sub-urbanisation, la ville a doublé en 8 ans la surface urbaine déjà existante depuis 10 siècles.


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CHAPITRE III



LA MORPHOLOGIE, LES STRUCTURES URBAINES



ET LES PROBLÈMES D'UN URBANISME





Description du paysage urbain et de ses environs

De la tour du clocher le regard embrasse les quatre points cardinaux :

- Au nord, la vieille ville avec son enchevêtrement de vieux toits et de maisons à pans de bois semble prendre d'assaut la butte de Morlanne que protègent et couronnent les futaies du parc. L'abrupt, marche initiale de l'escalier qui conduit aux Pyrénées avec sa ligne de frondaison, arrête la ville. Il plonge tel un flanc de navire dans la mer de pins ondoyante avec sa gamme de nuances allant du vert bleuté au noir d'encre.

- A l'ouest, le Touron tel une excroissance au milieu de la verdure termine le vieux centre. Plus loin, derrière le ravin, la blanche cité Montadour détonne dans son écrin boisé et verdoyant. Le plateau de Pipoulan-Maydediou avec sa balustrade formée d'arbres fend tel la proue d'un navire les flots foncés des forêts du Marsan et de la vallée du Gabas.

- Au sud, la longue façade de l'Hôtel de Ville semble arrêter les vieux toits et les murs grisâtres. Au-delà, s'étendent les lotissements Cap de Gascogne et Notre Dame de chez Nous qui forment une bande claire coupée par la Guillerie. Puis, le plateau, mosaïque de cultures, s'interrompt tel un balcon sur la vallée du Gabas. A l'horizon, la Chalosse tourmentée et riante annonce par ses collines les Pyrénées. Tableau grandiose quand l'atmosphère s'y prête et divers lui aussi selon les heures du jour : le soleil levant allume sur l'écrin blanc des pentes neigeuses une multitude de points de diamant ; le couchant, éclairant les sommets à revers, les teinte en rose vif tandis que les premiers plans entrent dans l'ombre et se foncent avec la nuit.

- A l'est, les Jacobins et le château Lamarque dissimulent le plateau qui s'élève peu à peu jusqu'au Pouy de Montsoué dominé par son relais de télévision émergeant au milieu des chênes.

Tel est le tour d'horizon empreint d'une singulière grandeur que nous pouvons faire du haut du clocher de l'abbatiale de Saint Sever Cap de Gascogne.


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La morphologie et les structures urbaines :

- La vieille ville (plan n° 8)

Nous entendons par vieille ville, la zone intra-muros, c'est à dire le noyau urbain. Elle est délimitée par la nationale 133 au nord-est et à l'est, par la rue de l'Hospice et les maisons de la rue Durrieu au sud, par les maisons en façade sur les places du Tour du Sol et Léon Dufour et la rue Lafayette à l'ouest et au nord-ouest, par la place du Cap du Pouy au nord.

Les rues de la vielle ville méritent d'être étudiées.

La voie formée par la rue des Arceaux et la rue Lamarque (photo n° 5, planche II) constitue l'épine dorsale de la zone intra-muros. La rue Lafayette, la rue Durrieu et la rue de Pontix jusqu'à la place de l'ancienne porte constituent des voies parallèles aux fortifications. Il existe encore par endroit des impasses servant à la desserte des murs. La rue L. Sentex, la place de la République et la rue de l'Hospice sont des voies construites dans les anciens fossés. Les autres rues partagent les divers îlots.

Seules la "dorsale", la rue Lafayette, la rue Armand Marrast possèdent une largeur supérieure à 8 mètres. Les autres rues ne permettent pas à trois véhicules de se croiser et parfois, il n'y a de place que pour un. Ainsi, sur quatre voies qui mènent à la place du Tribunal, marché de la volaille, trois ont moins de 5 mètres de large. Plusieurs rues commencent par un goulet d'étranglement : la rue de Pontix au niveau de la place Léon Dufour, la rue du Touron seule artère de ce quartier a une largeur de 2 mètres empêchant le passage des camions, la rue St Jean dans sa partie nord et les deux rétrécissements de la rue du Sénéchal. Toutes ces anomalies posent des problèmes de circulation. La rue de Pontix et la voie Guillerie-Lamarque, pénétrantes sud-ouest et sud-est, ne suffisent plus pour assurer le trafic venant de la zone urbaine sud et de la Chalosse. Pour cela, il est nécessaire de détourner les habitants du lotissement Cap de Gascogne de ces 2 axes en créant une voie avec des constructions reliant la rue d'Espagne avec le CEG à la rue du Sénéchal (photo n° 9, planche IV).

L'enclavement du Touron pose un problème délicat, surtout compte tenu du faible nombre de maisons dans ce quartier. Le stationnement dans le noyau n'est actuellement pas le plus grand problème urbain. Il existe 6 parkings dans le centre de la ville avec 230 places dont 20 Place du Cap du Pouy, 35 Place du Tribunal et la halle, 45 Place du Tour du Sol, 10 Place Léon Dufour, 45 autour de l'Hôtel des Postes et surtout, 120 aux alentours des Jacobins. A cela, il faut ajouter le stationnement le long des rues. Seuls, les jours de marché, posent un problème en raison de la fermeture des parkings du Tour du Sol, du Tribunal et des halles, qui entraînent le reflux des voitures saint séverines vers la Poste, la place Léon Dufour et le Cap du Pouy. Ainsi, le samedi, la pénurie des places de stationnement s'accentue et les voitures sont refoulées aux Jacobins et à Morlanne.

L'aménagement en parking ou en emplacement pour les forains de l'îlot du Tribunal permettrait un allègement du centre de la vieille ville, le samedi en particulier. Les jours sans marché, s'il existe certains endroits de la zone commerciale encombrés, cela provient surtout du refus des automobilistes d'occuper les parkings

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périphériques comme ceux de la Poste, du Tribunal et les abords de l'ensemble des Jacobins.

Les problèmes de la circulation, du stationnement, s'ils nécessitent parfois des opérations de rénovation urbaine, nous semblent secondaires vu la taille de la cité face au dépérissement de certains immeubles à architecture intéressante. Le classement de la vieille ville "Site urbain protégé" impose de nécessaires contraintes sur les façades, les toitures et les reconstructions, freinant parfois les réparations par des questions de financement ou plus simplement administratives.


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Les constructions de la vieille ville (voir plan 8, croquis 9)
Le centre du noyau urbain est caractérisé par des îlots avec une grande densité de construction. Ce fait est surtout notable autour de l'ancienne abbaye bénédictine. Les maisons ont généralement une courte façade avec un magasin étroit et profond. Elles s'allongent en profondeur donnant sur des petites cours. C'est le domaine des cages d'escaliers avec des verrières servant à éclairer les pièces intérieures. Certains immeubles possèdent des dépendances sur l'arrière qui donnent sur une ruelle ou une impasse. C'est le cas par exemple de l'îlot formé  par la place de Verdun, les rues du Tribunal, des Ursulines et Agnoutine. Les jardins potagers ou les espaces verts ne sont pas absents mais s'ils existent dans les îlots excentrés, c'est entre les maisons et les anciens remparts.
Parfois, il arrive qu'un îlot central enserre quelques petits jardinets. Le centre est le domaine des maisons à 2 étages puisque la zone intra-muros a un seul immeuble à 3 étages et 122 à 2 étages sur 156.
Au nord et à l'ouest de l'abbatiale, nous comptons 14 maisons à arceaux. Comme tous les centres urbains, les immeubles sont exposés à notre époque à un certain dépérissement et à la vétusté. Il n'existe pas dans ce petit noyau urbain de zone où se regroupent les catégories socioprofessionnelles. Mais certaines rues et places sont constituées par des immeubles loués à des ouvriers, des petits employés ou des retraités qui deviennent vite dégradés par manque d'entretien. C'est le cas de plusieurs habitations de la place du Tour du Sol, de la rue du Tribunal et de la rue Durrieu. Les commerçants et les professions libérales entretiennent plus régulièrement leurs logements.
Les vieux quartiers extra-muros : MORLANNE-CIZE, GUILLERIE, BELLOC-CASTALLET, PONTIX, BAS DU POUY et PERE (planche III, croquis n°9)
Ces quartiers comportent de nombreux points communs. Tout d'abord l'histoire les rassemble, ils constituaient la zone extra-muros de la vieille agglomération.
Ils sont généralement plus récents que les îlots du centre. Leur développement a été lié aux routes départementales et nationales traversant la ville.
C'est le cas des quartiers de Pontix, Guillerie-Belloc-Castallet, Bas du Pouy et Péré. La largeur des rues, l'absence d'activité commerciale et la faible densité de l'habitat suppriment les problèmes de circulation. Il faut quand même signaler deux carrefours dangereux : Place du Castallet et le carrefour des rues de Pontix- E. Leroy et avenue des Pyrénées.


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La forme des constructions elle aussi marque ces vieux quartiers extra-muros. Ici, c'est le domaine des maisons en façade sur la rue avec en arrière le jardin. Suivant les endroits, l'immeuble peut avoir une étroite ou une longue façade.

Ce plan de quartier, s'il ne permet pas une grande densité de constructions, a le grand avantage de donner aux rues une allure urbaine. L'habitat trouve dans le jardin, le coin de terre qui lui rappelle la vie rurale avec le gazon, le potager et le petit élevage avicole. Si la surface de la propriété est petite, le jardin devient une cour comme c'est le cas dans la rue de Belloc (photo n° 6, planche II).

Les structures particulières de la population des 2 zones de la vieille agglomération :

La vieille agglomération possède une population plus âgée que celle du reste de la commune, les familles jeunes habitant dans la zone suburbaine. Le taux de natalité est plus faible (maternité exclue), inversement le taux de mortalité est plus fort.

Dans la vieille agglomération, les ménages à 1 personne forment 27 % de l'ensemble et 22,5 % des ménages ont 2 enfants. Les ménages nombreux sont peu importants : 4 % avec 6 personnes et 4 % plus de 6. Ces données précédentes expliquent la faible densité des personnes par logement dans la vieille ville qui est de 3 et 4,4 dans les deux autres zones. La vieille agglomération, en raison de ses immeubles à deux étages, voit le rapport logement sur immeuble égal à 1,20 tandis que la campagne et la zone suburbaine le rapport est de 1.

La ville possède près de 1 logement vacant sur 8. Malgré cela, la demande est supérieure à l'offre (cité Montadour exclue) à cause de l'état défectueux et du prix élevé des loyers des logements vacants.

L'ancienne zone urbaine connaît une répartition par catégorie d'activité économique caractéristique. Les agriculteurs en sont naturellement absents, les militaires sont très peu nombreux, par contre cette zone possède tous les membres du clergé, les commerçants et presque tous les gens du service santé.

Les autres secteurs d'activité sont partagés entre la ville, la zone suburbaine et la zone éparse. Mais il faut noter l'importance des ouvriers dans la vieille agglomération et le reflux dans la périphérie suburbaine des employés de bureau et des membres de l'enseignement.



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L'urbanisation récente : La cité Montadour : (photo 10, planche V)
Construite en 1965-1966 par la S.O.G.I.N.A., filière de la Caisse des Dépôts et Consignations, les 125 logements étaient initialement destinés aux militaires de la Base Aérienne 118 de Mont de Marsan. L'emplacement de la cité, sur une portion du plateau de Pipoulan-Maydediou, permettait un plan original. L'architecte créa 3 quartiers autour de 3 placettes. La forme de cet ensemble est remarquable sur la photographie aérienne. Les maisons se touchent et donnent sur des espaces verts situés en arrière.
A cela, il faut ajouter un bloc à deux étages construit à l'entrée de la cité. Le chauffage des habitations est fourni par une seule chaufferie située près du bloc.
La nature et la fonction des habitants donnent à cet ensemble une structure très particulière. En 1968, pour 93 familles, il y avait 92 couples avec 383 habitants. Les adultes ont entre 20 et 40 ans et les enfants de 0 à 19 ans. Cette structure d'âge particulière se conserve en raison des mutations rapprochées des militaires.
De nos jours, la cité Montadour est ouverte aux civils car les militaires boudent les prix élevés des loyers et cherchent à se loger en ville ou à Mont de Marsan. Les nouveaux locataires civils sont, soit des fonctionnaires (enseignement, bureaux, etc ..), soit de jeunes couples issus de familles bourgeoises. Ces faits expliquent l'existence de quelques logements aux volets clos.
Les lotissements (croquis n° 9)
Ils ont été construits pour loger un excédent de population et surtout pour des Saint Séverins qui fuient les vieilles maisons difficiles à entretenir. Au lotissement Cap de Gascogne, 32 % viennent de Saint Sever et 25 % de la France sans l'Aquitaine.
Les lieux d'implantation de ces lotissements ne proviennent pas d'un plan pré-établi. Le Cap de Gascogne, le Téré et Lapaloque furent tracés contre la zone urbanisée déjà existante mais le Beth-Céou et Notre Dame de Chez Nous s'installèrent en pleine zone rurale ce qui n'est pas sans poser des problèmes d'équipements. Cet ensemble suburbain (cité Montadour exclue) comportera 166 maisons et 24 logements HLM répartis comme suit : 29 à Notre Dame, 22 au Beth-Céou, 18 au Téré, 87 au Cap de Gascogne, 10 à Lapaloque.
La morphologie est la morphologie classique du lotissement : lot rectangulaire de 700 à 800 m² avec la maison occupant la partie sur la rue. Le devant de la maison sert de jardin d'agrément et l'arrière de jardin potager qui donne soit sur les champs, soit généralement sur un autre lot identique. Ce mode d'urbanisation occupe une grande surface au Cap de Gascogne (photo 11, planche IV) : 11 logements pour 12 hectares.
La structure de la population des lotissements Saint Séverins mérite une étude. L'acheteur a entre 30 et 50 ans. Il s'agit de couples d'âge moyen ou de jeunes retraités. Le ménage à 1 personne n'est pas représenté.

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Au lotissement Cap de Gascogne, 21,8 % des habitants appartiennent au secteur secondaire et il y a 17,4 % de militaires, 21,8 % d'employés de bureau et  
10 % de retraités.
Les grands problèmes d'urbanisme et les orientations de zonage urbain :
Le problème est double et il s'agit tout d'abord de revitaliser le centre tout en conservant son caractère architectural et historique, et ensuite de contrôler dans l'espace l'extension suburbaine.
-       La vieille ville doit accroître sa fonction de centre commercial par la modernisation et l'extension de certains petits magasins à revenus élevés.
-       Les problèmes de circulation et de stationnement peuvent être rapidement réglés par des mesures draconiennes  … Le fait le plus important est actuellement la conservation du patrimoine architectural privé.
- La zone suburbaine pose des problèmes isolés qui comportent des solutions indépendantes les unes des autres.
- Le zonage urbain :
L'extension future de la commune doit être envisagée et les solutions doivent tenir compte de nombreuses données.
Le quartier du Touron, vu son enclavement et sa surface, doit-il être aménagé de façon particulière ? (jardin public, espaces verts, centre aéré, zone de jardins potagers, abandon, etc ...).
Le quartier de Projan peut faire l'objet après l'aménagement des voies d'accès d'un petit lotissement ou du moins d'un lieu de développement des habitations par le système du coup par coup.
Les plateaux de Pipoulan-Maydédiou, Portets-Bernède, Métaou de Haut-Nauton peuvent faire l'objet de lotissements de grande envergure.
Le rattachement d'AUGREILH à la ville le long de la départementale 32 n'est pas souhaitable et le domaine de FLEURUS sert de bouclier de protection.
La zone entre l'Adour et l'abrupt ne peut se développer à l'ouest à cause de l'emprise ferroviaire et à l'est de l'emprise sportive et des marécages de Cachon.
Les abords immédiats de Péré ne peuvent être construits en raison des marais inondables de la Coulaquère, de la zone industrielle et de la limite de la commune au nord. Les seuls endroits sur la commune véritablement favorables sont situés près de Sainte Eulalie. Une urbanisation de ce genre conduirait à accentuer l'étirement déjà très sensible de la zone urbaine. Péré ne doit pas voir de grands lotissements mais connaître l'installation d'ateliers et de petites usines dans la zone industrielle et autour de celle-ci.

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DEUXIÈME PARTIE


Etude de l'évolution et des activités
de la population



 
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Chapitre I

TRAITS CARACTÉRISTIQUES DE LA POPULATION

Courbe de la population de 1801 à 1968 (figure n° 11)

Tableau de l'évolution de population

St Sever
Evolution


St Sever
Evolution
1801
1806
1822
1831
1836
1846
1851
1856
1861
1866
1872
1876
1881
5 368
5 266
5 400
5 494
5 863
5 238
5 010
4 882
4 808
4 818
4 980
4 799
4 916

– 102
+138
+  94
+369
– 625
– 228
– 128
   74
+ 10
+ 62
–181
+117

1886
1891
1896
1901
1906
1911
1926
1931
1936
1946
1954
1962
1968
4  864
4 869
4 805
4 769
4 769
4 664
4 527
3 967
3 855
3 727
3 822
3 983
4 360
  52
+   5
  64
  46

–105
–137
–560
–112
–128
+  95
+161
+377

Comme nous l'avons déjà dit, c'est seulement en 1968 que St Sever a récupéré sa place de ville (1911 : 2 200 agglomérés). En 1962, la population agglomérée s'élevait à 1 998 habitants, chiffre curieux certes, mais contraignant. En 1968, la population agglomérée augmente de 808 habitants et la population éparse diminue de 431 unités. En 1968, Saint Sever est la 11ème ville du département après avoir été jusqu'en 1850 la première.


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La population comporte peu d'étrangers non naturalisés. Il y avait en 1968, 27 espagnols, 6 allemands, 3 italiens, 1 suisse, 7 portugais et 1 chinois, soit 0,9 % de la population alors que les Landes en possèdent 3,2 % et la France 5,5 %. Les activités saint-séverines ne sont pas encore assez importantes pour attirer de nombreux ouvriers étrangers.
Composition par âge : Pyramide des âges au 1er mars 1968 : figure n° 10
Elle est issue des listes nominatives du recensement de 1968. Ainsi, nous avons pu dresser une pyramide générale de base point par point avec la représentation des 7 districts de recensement, des situations familiales et des actifs. Ensuite, nous avons groupé par bande de 3 ans ce qui nous a permis d'obtenir la pyramide des âges avec les actifs (croquis n° 12).
L'étude doit être d'abord faite sur l'ensemble de la population tout en tenant compte de certains traits caractéristiques de la pyramide de chaque sexe. La somme est dissymétrique au-dessus de 55 ans. Les hommes des années 1880-1900 sont peu nombreux par rapport aux femmes. Il s'agit ici des effets à long terme des hécatombes de la guerre 1914-1918. St Sever a eu 142 tués au champ d'honneur. Entre 1900 et 1914, la différence est aussi sensible : elle est due tout d'abord aux lois générales de la mortalité chez les humains (les hommes vivent mois âgés) mais aussi l'alcoolisme masculin. Le déficit des naissances durant le premier conflit mondial est sensible ainsi que la reprise démographique du début des années 1920. A partir des années 1930, la pyramide possède des originalités. La diminution des naissances due à la montée des classes creuses de 1914-1918 est atténuée par la présence de couples de militaires nés durant la décennie 1930-1940. la nouvelle période des hostilités crée un rétrécissement provenant du manque d'adultes en âge de procréer de la génération 1914/1918 et du départ des hommes. L'explosion démographique est ici marquée mais l'exode des jeunes à partir de 16 ans rétrécit un peu la pyramide à cet endroit. De 1950 à 1958, la base garde la même taille en raison du taux de natalité élevé. Après 1958, le rétrécissement est diminué par les enfants des militaires mais est plus sensible que sur la pyramide nationale.
D'après cette pyramide et les recensements antérieurs de 1954 et 1962, nous avons pu calculer les pourcentages suivants :


1954
1962
1968

St Sever
St Sever
Mt de Marsan
St Sever
Hagetmau
Landes
France
0 à 24 ans
25 à 64 ans
65 ans et plus

0 à 20 ans
20 à 64 ans
65 ans et plus

Hommes
Femmes
33 %
50 %
16 %
35,4 %
47,8 %
16,8 %




33,4 %
54,8 %
11,8 %
37,2 %
46,5 %
16,3 %

34,2 %
49,8 %
16 %

47,2 %
52,6 %




33,8 %
53,6 %
12,6 %

47,4 %
52,8 %




29,6 %
53,9 %
16,5 %




32,2 %
54,4 %
13,4 %

47,8 %
52,2 %
  
45

St Sever rajeunit depuis 1954. En effet, les moins de 24 ans qui représentaient 33 % de la population à cette époque passe à 57,2 % en 1968 (la croissance des éléments jeunes se fait uniformément chez les deux sexes. Les adultes de 25 à 64 ans diminuent en chiffre relatif de 50 % à 46,5 %. Cela provient de la stagnation  de l'élément féminin 1012 en 1954 et 1020 en 1968. Par contre, le rajeunissement, le début du redressement économique avec les créations d'emplois l'arrivée des militaires font croître la population adulte masculine : 885 en 1954 contre 1012 en 1968. Cette évolution se reflète sur la population totale et ainsi les hommes gagnent entre 1962 et 1968, 1 %  soit environ 40 éléments. St Sever se rapproche à nouveau de la moyenne nationale mais il y a encore 0,4 % de différence. Dans les couches de plus de 65 ans, le pourcentage reste stable autour de 16 %. La différence entre les deux sexes ne s'accentue pas, mais elle ne reste plus importante que sur la pyramide française en raison des morts de la grande guerre et de l'alcoolisme.
La prévision d'après la pyramide de 1968 s'avère impossible de 0 à 40 ans. Les mutations économiques, l'évolution de l'emploi à St Sever troublent cette possibilité d'étude. Nous ne savons pas à l'avance l'importance de l'émigration des jeunes nés de l'essor démographique d'après la 2ème guerre. Le seul fait certain est la diminution de la mortalité à partir de 1980 en raison du creux de 1914-1918.
Il est bon de comparer ces structures par âge avec celle de Hagetmau, ville voisine et un peu moins peuplée, celles des Landes et de la France. Avec 34,2 % de moins de 20 ans, St Sever se place en tête à cause de la présence déjà citée des couples de jeunes militaires. La ville est parmi les premières cités du département (Mont de Marsan en 1962 : 33,4 %). Par contre, pour les couches de 20 à 64 ans avec 49,8 %, St Sever se trouve loin derrière les autres pourcentages, ceci étant dû au manque d'emploi industriel pendant les cinquante dernières années. Les couches au-dessus de 65 ans sont aussi nombreuses que le département mais très supérieures à Hagetmau, Mont de Marsan et la France. L'arrivée de personnes âgées et l'héritage d'une population plus nombreuse née fin du XIXème et début du XXème siècle explique cette situation.
Structures des ménages :
Les 1 231 ménages ont de grandes différences dans leur composition et leur localisation. Nous l'avons déjà vu dans la première partie : la vieille zone urbaine a 2 ménages sur 3 qui possèdent moins de trois personnes alors que les ménages avec 6 ou plus de 6 personnes représentent près de 15 %.
La zone suburbaine a ses caractères propres. Les ménages avec 3, 4 personnes sont les plus nombreux ceci en raison de la composition des familles.
La zone éparse correspond à la structure rurale des ménages avec la présence caractéristique des personnes âgées de la famille (grands-parents et parfois tantes et oncles). Dans la campagne, près de 25 % des ménages ont 6 personnes ou plus. Par contre, les personnes seules sont rares.


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Sur toute la commune, la synthèse de l'étude précédente montre que sur les 1 231 ménages en 1968, les ménages de 1 ou 2 personnes représentent 38,4 % du total. Ce chiffre prouve que St Sever est une ville où les familles nombreuses sont relativement rares et où les personnes âgées quittent les jeunes couples.
Quelques aspects politiques et sociologiques des habitants de St Sever
- La politique nationale et St Sever :
Nous avons choisi volontairement les grandes élections nationales afin d'éviter les résultats où les opinions politiques passent souvent après les questions de personne. Les chiffres qui suivent sont probants et méritent quelques commentaires :
Sur le plan cantonal, l'influence des Saint-Séverins est plus forte, le conseiller général est toujours du chef-lieu de canton Dans ces élections, il est même rare de voir des représentants des communes rurales du canton.
Ainsi certains Saint-Séverins, s'ils jouent un rôle politique en Chalosse, il ne faut pas croire pour autant que la politique de cette région se calque sur celle de St Sever.
- Influence des aborigènes sur les autres Saint-Séverins :
Le meilleur moyen de comprendre le caractère est d'étudier la composition des deux derniers conseils municipaux et des deux listes présentées aux élections de mars 1971. Jamais le conseil municipal élu ou les listes des postulants n'ont représenté la répartition des lieux de naissance de la population ni la "réalité socioprofessionnelle" Ce fait s'explique par la grande influence des 43,5 % de Saint-Séverins nés dans la commune.
En 1965, le conseil municipal possédait 18 aborigènes sur 23. En mars 1971, la première lise possédait 18 aborigènes sur 23.
En mars 1971, la deuxième liste possédait 15 aborigènes sur 23. L'actuelle municipalité possède 17 aborigènes sur 23.
- Quelques traits sociologiques des Saint-Séverins :
Le Saint-Séverin moyen a toujours été catholique très pratiquant. Les couples issus uniquement du mariage civil et les divorces sont rares et quasiment tous les enfants sont baptisés. La messe dominicale est très suivie et le clergé en dit 10 par week-end pour les 4 360 paroissiens des 2 paroisses Saint-Séverines. Le clergé se compose de 6 prêtres. Il faut noter que de nombreux enfants de St Sever ont occupé et occupent de grandes fonctions ecclésiastiques locales ou internationales. C'était le cas du Père CLOCHE né en 1628 et qui fut général des Dominicains de 1686 à 1720. De nos jours, les archiprêtres de Dax, de Mont de Marsan, les curés de Pouillon, Grenade, Biscarosse, Rion, Luxey, Amou, sont originaires de St Sever.


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La forte proportion de bourgeois et de personnes âgées donnent des caractères particuliers. Le Saint-Séverin est conservateur, il aime l'ordre, il s'est longtemps laissé entraîner dans la fixité et même dans le fatalisme. La petite routine, le désintéressement pour de nouvelles activités, la méfiance dans le changement et la nouveauté sont aussi des traits caractéristiques des aborigènes. L'esprit de clocher mais aussi le chauvinisme entre quartiers et même entre rues s'ajoutent aux caractères précédents.
Au XVème siècle, RABELAIS caractérisait le soldat St Séverin GRATIANAULD par son habileté à donner "pics, tructs et patacts", de nos jours le citadin aime les fêtes, la tauromachie et le rugby.


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CHAPITRE II

UN MOUVEMENT NATUREL LONTEMPS DEFAVORABLE


Ce chapitre et le suivant vont servir à expliquer l'évolution de la population durant le XIXème et le XXème siècle. Pour cela, l'étude des mouvements naturels et migratoires doit commencer en 1801.

La natalité de 1801 à 1970 (figure n° 11)
La méthode de calcul est simple mais les travaux de recherche sont longs. Il s'agit de compter sur les registres des naissances les enfants dont les parents habitent dans la commune. Pour le XIXème siècle, ce travail est facile mais au XXème la présence de la maternité et de la clinique et les naissances Saint-Séverines à Mont de Marsan compliquent la tâche.

Etude de la courbe de la natalité jusqu'en 1970 :
L'explication de certains traits nécessite des données du chapitre suivant.
Au début du XIXème siècle, le taux baisse de 35 à 25 %. Il s'agit là d'un phénomène particulier à St Sever. La grosse augmentation de 1845-1860 est le contrecoup démographique de l'immigration des années 1831-1841. La chute brutale de 35 à 20 % provient des départs de St Sever des jeunes de 1845 à 1861. Le maintien de la natalité autour de 20 % jusqu'en 1880 résulte des effets d'un solde migratoire positif sous le Deuxième Empire et du contrecoup de l'explosion de la natalité autour de l'année 1850. Le léger infléchissement des années 1885-1900 est suivi par une petite reprise avant 1914, ce denier fait étant difficilement explicable. Par contre, le reste de la courbe reflète les tendances nationales. Les chutes dues aux deux guerres (6,6 % en 1917), le passage des classes creuses issues de 1914-1918 à l'âge de fécondité est indiqué sur la courbe. La nette reprise d'après 1945 à 1962. Puis la natalité chute pour atteindre 15,6 entre 1962 et 1968.


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Tableau de l'évolution du taux brut de natalité

                                                         1954-62              1962-68                1970

St Sever                                            20,1 %                 15,6 %                15,8 %
                                                           18,2                     15                       
Hagetmau                                                                                                14,4
Unité urbaines landaises de
moins de 5 000                                17,5                     15,9
Département des Landes             16,6                     15,5
France                                              18,2                     18                        16,6


De 1954 à 1962, St Sever connaît un exceptionnel taux de natalité, surpassant toutes les autres données, en particulier les unités urbaines landaises de moins de 5 000. De 1962 à 1968? La baisse du taux qui est due au passage des classes creuses de 1930 à 1945 à l'âge de la fécondité, classe la commune près du taux moyen landais et loin derrière la moyenne française. Ce taux aurait été plus bas sans les militaires. En 1970, la natalité Saint-Séverine est supérieure à celle de Hagetmau de 1,4 % mais inférieure à celle de la France de 0,8 %.
Durant le XIXème siècle, St Sever possède un taux de natalité particulier dont les explications se situent dans l'histoire démographique locale. Depuis, le taux suit les fluctuations de la démographie française pour les tendances à la hausse ou à la baisse. Mais après 1945, la ville a un taux original si nous le comparons aux densités du tableau précédent.

La fécondité en 1962 et 1968 :
Il y eut 46 naissances en 1962 et 60 en 1968 pour respectivement 948 et 954 femmes en âge de procréer (15 à 50 ans) soit 48,5 % en 1962 et 63 % en 1968. Il ne faut pas voir dans ces chiffres une augmentation considérable. L'année 1962 connaît un taux de natalité exceptionnellement bas de 11,6 %, l'année 1961 par contre a vu 69 naissances soit un taux de 18,1 %.
L'année 1968 possède un chiffre acceptable puisque 1967, avec la population du recensement de 1962, a un taux de 15,1 % et 1969 a 13,8 %.
Le taux de fécondité est plus faible que celui de Mont de Marsan, 70 %, et le taux français, 80 % en 1968.


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La mortalité de 1801 à 1970 (figure n° 11)
Le taux de mortalité est le 2ème  élément qui entre dans l'étude du bilan naturel. La méthode est la même que pour la natalité.
Il nous a fallu tenir compte des morts chalossais à l'hôpital et la présence d'un hôpital militaire sous le 1er Empire. La mortalité Saint-Séverine à l'extérieur de la ville a été envisagée mais elle porte sur très peu de personnes. Nous pouvons les considérer comme négligeables.

Etude du taux de mortalité
Durant le 1er Empire, la mortalité voisine autour de 30 %, ce chiffre est très proche du taux national de l'époque : 29,8 %. Durant la Restauration, la courbe se stabilise à 22 % ce qui est inférieur aux 24,7 % de la moyenne nationale. Les variations de 1863 à 1869 sont difficiles à expliquer sans connaître les pyramides des âges de cette époque, la mortalité étant moins directement liée aux variations du solde migratoire. Les épidémies de choléra de 1832, 1834, 1849 et 1854 ne peuvent expliquer les variations de la mortalité saint-séverine comme cela est possible sur le plan national. Par contre, la brusque montée de 1870-1871(1870 : 30,4 % - 1871 : 37,2 %) provient des effets de la guerre. Après cette période, la baisse est devenue beaucoup plus rapide à partir de l'extrême fin du XIXème siècle.  De é&,9 % en 1876, la mortalité passe à 16,6 %en 1900 et 1904. La France, pendant le début de la IIIème République connaît une évolution identique. La guerre de 1914-1918 avec ses 142 tués au combat fait augmenter la mortalité qui passe de 17,9 % à 20,9 %, puis baisse peu à peu pour atteindre 13 % en 1950. Cette différence s'explique par l'exode des jeunes durant le XXème siècle, le vieillissement général de la population Saint-Séverine et aussi un manque de confort et d'hygiène dû à de vieux logement insalubres.

Tableau de l'évolution de la mortalité de 1954 à 1970

                                                         1954-62              1962-68                1970

St Sever                                            13,4 %                 12,8 %                12,6%
                                                           12,8                     14,2                    
Hagetmau                                                                                                11
Unité urbaines landaises de
moins de 5 000                                13,2                     12,4
Département des Landes             13,8                     13,1
France                                              12                        11                        10,5


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L'année 1954 marque un tournant dans la mortalité à Saint-Sever et depuis, le taux baisse peu à peu suivant ainsi les unités urbaines landaises de moins de 5 000 habitants.
Les communes rurales du canton subissent l'évolution inverse en raison de l'exode rural qui provoque le vieillissement de la population. Le département a un taux de baisse très lent en raison de la forte proportion de communes en déclin.
Saint-Sever en 1970 est encore loin du taux français contrairement à Hagetmau qui possède une population âgée moins importante en raison de la récente augmentation de la population en élément adulte-jeune.

Bilan naturel de 1801 à 1970 (figure n° 11)
La somme algébrique des naissances et des décès pour une année est le bilan naturel. Nous avons fait ce calcul pour Saint-Sever depuis 1801.

Etude du bilan naturel de 1801 à 1953 :
Au début du XIXème siècle, il diminue et devient négatif entre 1833 et 1842. Ensuite, la brusque montée de la natalité rend positif et il atteint 10,6 % autour de 1850. La chute vertigineuse de la natalité vers 1863 rend le bilan naturel négatif jusque vers 1900 avec une grande baisse en 1870. La période durant laquelle les naissances dépassent les décès est éphémère et en 1910, le bilan redevient négatif à cause des 2 guerres mondiales et de la crise démographique de l'entre deux guerres. L'explosion des naissances d'après 1945 rend à nouveau le bilan naturel positif.

Etude des excédents naturels de 1954 à 1970 et comparaison avec d'autres excédents naturels :

                                                         1954-62              1962-68                1970

St Sever                                            + 5,3 %               + 1,8 %               + 0,37 %
                                                           + 4,2 %               + 0,4 %              

Hagetmau                                        - 1,2 %                 + 4,3 %               + 0,34 %
Unité urbaines landaises de
moins de 5 000                                - 3,4 %                 + 2,2 %
Département des Landes             + 2,3 %               + 1,5 %
France                                              + 5,6 %               + 4,2 %               + 0,61 %



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Saint-Sever est dans le canton un cas particulier car la baisse de l'excédent naturel est moins sensible que dans les communes rurales. La commune de Hagetmau est une exception avec l'étonnant redressement de 1962 à 1968. Il est bon de noter la bonne position du CAP de GASCOGNE de 1954 à 1962 dans le département. La forte baisse de natalité de 1962 à 1968 n'est pas compensée par le léger recul de la mortalité, ce qui explique la position défavorable par rapport aux unités urbaines de moins de 5 000 habitants et à la moyenne française. La situation semble s'améliorer en 1970 si nous comparons avec Hagetmau et avec la moyenne nationale. Dans un proche avenir, l'excédent naturel peut s'améliorer si l'émigration des jeunes ne s'accentue pas. En effet? l'arrivée à l'âge de la fécondité des classes nées après 1945 pourrait permettre l'accroissement de l'excédent naturel. La baisse de la mortalité n'est pas envisageable avant 1980-1985, époque où les classes creuses de 1914-1918 disparaîtront.



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CHAPITRE III

Le mouvement migratoire et
son récent redressement


Etude du solde migratoire de 1821 à 1953 (figure n° 12)

Calcul du solde migratoire :
L'excédent de population est le résultat de la somme algébrique de l'excédent naturel et de l'excédent migratoire.
Nous pouvons écrire :
Excédent de la population (E)  = Bilan naturel (BN) + Bilan migratoire (BM)

Connaissant l'excédent de la population entre deux recensements, le bilan naturel peut être calculé pour la même période ; nous pouvons en déduire le bilan migratoire ou solde migratoire. Soit :
BM = BN – E
                                                                            Solde M par an
1821-1830 : +  94  – ( +       161) =                          67                   7
1831-1840 : + 369 – (–          10) =                     +   379         +       38
1841-1850 : + 853 – ( +       422) =                     1 275              128
1851-1860 : – 202 – ( +       492) =                        694                69
1861-1870 : + 172 – (–        173) =                     +   245         +       22
1871-1880 : –   64 – (–         92)  =                      +     28         +         3
1881-1890 : – 145 – (–        136) =                             9                   1
1891-1900 : – 100 – (–          96) =                            4                   0,5
1901-1910 : – 105 – ( +         77) =                        182               18
1911-1930 : – 697 – (–        585) =                        112                   6
1931-1935 : – 112 – (–          99) =                           13                   3
1936-1945 : – 132 – (–          78) =                      +     46         +         5
1946-1953 : +   95 – (              0) =                      +     95         +       12

Nous n'avons pas effectué ce calcul pour la période 1801-1821, le manque de recensement et l'incertitude du bilan naturel nous est apparue trop importante.

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Etude du solde migratoire
De 1821 à 1911, en raison des recensements réguliers sauf celui de 1872, le solde migratoire est calculé pou une période de 10 ans. Le manque de comptage de la population en 1916 et 1921 nous a obligé à déterminer l'excédent migratoire pour une période de 20 ans. Depuis 1931, le solde est calculé pour chaque période comprise entre 2 recensements.
Les fluctuations économiques du XIXème siècle nous permettent d'expliquer ces diverses tendances. Le léger déficit des années 1820 est issu du départ de quelques jeunes vers les villes et aussi vers Mont de Marsan qui se développe depuis son élévation au rang de chef-lieu de département. Le fort excédent migratoire de 1831-1840 semble parvenir de l'exode rural. La campagne environnante se vide, en particulier la Chalosse, des jeunes qui espèrent trouver du travail et la fortune à Saint-Sever. Le Cap de Gascogne sert de premier relais pour l'exode rural. Les migrants vite déçus par le manque d'emplois industriels fuient Saint-Sever pendant les 2 décennies suivantes.
Ainsi, durant les années 1841 à 1860, Saint-Sever voit 1 979 habitants de déficit dans le solde migratoire, soit 100 par an. Après un redressement important, pendant la fin du second Empire qui favorise Saint-Sever, le solde migratoire est voisin de 0 jusqu'à 1900.
Ce fait prouve le peu d'attraction du Cap de Gascogne en cette fin du XIXème siècle. Le manque de création d'activité industrielle liée à la première révolution économique en est la cause profonde. La carence d'emploi gêne les jeunes du début du XX ème siècle et l'émigration s'accélère. Elle est de – 182 en 1901 et de – 112 de 1911 à 1930. Les créations d'entreprises pendant l'entre-deux guerres (gravières, faïences, sièges et bois) et leur développement ultérieur atténuent dans un premier temps le déficit migratoire (1931-1935) puis le solde devient positif. De 1936 à 1945, malgré la guerre, le bilan migratoire est de + 46 personnes et le phénomène s'accentue : 95 de 1946 à 1953. L'arrivée des pétroliers et des touts premiers militaires aident ce redressement.
Indice d'émigration des aborigènes nés entre 1928 et 1955 (figure n° 14)
Il s'agit à partir des listes nominatives du recensement de 1968 et des registres des naissances de connaître le nombre d'aborigènes qui ont quitté la commune ou qui sont morts. Le calcul est simple mais il nécessite l'axiome suivant : la mortalité est très faible de 13 à 40 ans et si nous le négligeons, nous pouvons écrire :
L'émigration approximative égale les naissances pour une année moins les personnes recensées en 1968, nées la même année qui vivent encore dans la commune.
Si nous prenons :           E         pour l'émigration approximative
N         pour les naissances pour une année
P         pour les personnes recensées en 1968 nées la même année
                   habitant encore Saint-Sever
nous pouvons dire :       E =     N -
 
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Si nous calculons le rapport    N – P nous obtenons l'indice approximatif d'émigration.                N
Nous avons le tableau suivant :
Années
N
P
N - P
N – P
P
1928
1929
1930
1931
1932
1933
1934
1935
1936
1937
1938
1939
1940
1941
1942
1943
1944
1945
1946
1947
1948
1949
1950
1951
1952
1953
1954
1955
49
74
53
52
57
50
38
65
55
45
45
59
48
42
34
42
51
52
61
66
70
52
67
60
74
60
73
62
18
25
20
20
23
10
10
21
22
15
24
22
13
10
18
14
13
15
20
33
31
29
42
29
47
34
45
42
31
49
33
32
34
40
28
44
33
30
21
37
35
32
16
28
38
37
41
33
39
23
29
31
27
26
28
20
63,3 %
66,2 %
62,3 %
61,6 %
59,6 %
80,0 %
78,5 %
67,7 %
60,0 %
66,6 %
46,6 %
62,6 %
73,0 %
76,1 %
47,0 %
66,6 %
74,5 %
71,1 %
67,3 %
50,0 %
55,8 %
44,2 %
42,3 %
51,6 %
36,5 %
43,3 %
38,3 %
32,3 %

La tranche d'âge de 13 à 40 ans permet de juger du phénomène d'émigration depuis 1945. En effet, après la guerre, les habitants qui ont 40 ans en 1968 avaient 17 ans et ils arrivaient tout juste sur le marché du travail. De 22 ans à 40 ans (1928-1946), 2 habitants sur 3 ont quitté Saint Sever. Ce fait s'explique par le sous-emploi chronique des années 1945-1965.
De 15 à 21 ans, près de 1 sur 2 a émigré. Chez les moins de 14 ans, l'émigration tombe de 1 sur 3. D'après ces chiffres, nous sentions trois périodes :
- La première période : l'enfant et l'adolescent sont à l'école ; l'émigration provient du départ des parents.
- Le début de la deuxième période se situait à 14 ans et maintenant à 16 ans, c'est l'entrée dans la vie active. La cassure est très marquée sur le tableau précédent :
              14 ans en 1968 : 38,3 % - 17 ans en 1968 : 51,6 %


                                                                                                    58

- La troisième période  est le retour du service militaire :
              21 ans en 1968 : 50 % - 22 ans en 1968 : 67,3 %

Le taux se maintient par la suite.
La pyramide avec les aborigènes (figure 15) est une illustration de ce phénomène. Le recensement de 1968 ne permet pas cette méthode de connaître l'influence des créations de la deuxième moitié des années 1060. Les prochains recensements pourront élucider cette question.

Etude du solde migratoire de 1954 à 1961 :
Les chiffres proviennent de l'INSEE. Nous pouvons dresser le tableau suivant :
Saint-Sever                                                      -   1,7 % (-64)
Communes rurales du canton                      -   5,1 %
Hagetmau                                                        + 12,8 % (+ 385)
Unités urbaines de moins de 5 000 hab.    +   4,4 %
Départements                                                  +   2,7 %

L'arrivée de militaires et d'employés à l'abattoir de volailles et à la SICA Foies gras expliquent cette brusque montée du solde migratoire qui passe à + 306 soit 7,7 %. La ville est un îlot florissant au milieu d'un canton qui connaît un bilan migratoire négatif (-5 %) qui a baissé à + 240 soit 7,2 %. Par contre, Saint Sever est derrière les unités urbaines landaises de moins de 5 000 habitants qui ont un solde migratoire record à cause de certaines villes comme Biscarrosse, Parentis, Morcenx, etc ..
Le taux départemental n'a pas de grande valeur à l'échelon local en raison des énormes différences entre les taux des villes de moins de 5 000 habitants et le taux des petites communes des régions en déclin.

- Calcul des immigrants et des émigrants :
Le solde migratoire est la somme algébrique des immigrants et des émigrants. Les immigrants sont calculés d'après les listes nominatives de 1968. Parmi les données de ce document figure  le changement de lieu d'habitation depuis 1962.

Nous pouvons connaître les "arrivants bruts" c'est à dire les nouveaux Saint Séverins venus soit par migration soit par naissance. Le décompte des naissances Saint Séverines à Saint Sever ou à la maternité de Mont de Marsan permet de calculer des immigrants. Nous pouvons ainsi dresser le tableau suivant en fonction des 7 districts du recensement :


59


60




61

Arrivants bruts – Naissances Saint Séverines = Immigrants
I1 = 428 –     9 =          419  (Cité Montadour)
I2 = 176 –   46 =          130
I3 = 226   39 =          187
I4 = 139 –   34 =          105
I5 = 151 –   50 =            93
I6 = 151 –   47 =          104
I7 = 106 –   43 =            63

  Immigrants =        1 101
Connaissant le solde migratoire et les immigrants, nous pouvons calculer les émigrants.
Soit 306 = 1 101 – émigrants
Emigrants = 795
Il est donc arrivé 1 101 personnes soit 184 par an et il en est parti 132 par an.
Age des immigrants (figure 14)
Il provient aussi des listes nominatives du recensement de 1968. De ce calcul, se dégagent des grandes dominantes :
27,2 %   du total des immigrants ont entre                         0 et 10 ans
19,2  %                              do                              11 et 25 ans
31,3 %                               do                                        26 et 40 ans
22,3 %                               do                                        au-dessus de 40 ans

Saint Sever a gagné de 1962 à 1968 des éléments jeunes. Il s'agit en majorité des militaires. Les couples de 26 ans à 40 ans sont accompagnés par plusieurs enfants de 0 à 10 ans. Nous retrouvons ci la pyramide des âges de la Cité Montadour. Les immigrants de 55 à 70 ans sont constitués de retraités qui viennent ou reviennent au pays. Au-delà, les immigrants sont presque tous des nouveaux pensionnaires de l'Hospice ou des personnes âgées qui arrivent pour vivre avec leurs enfants.

Lieu de naissance des Saint Severins en 1968 (figure 10)
Les chiffres sur la commune comprennent toute la population et sont extraits des listes nominatives du recensement. Pour Hagetmau, les pourcentages sont issus des listes électorales et ils sont donc moins précis.
62

1968
Commune
Canton
Sud-Est Landes
Reste des Landes
Mont de Marsan
Départem. voisins
France
Outre-Mer
Etrangers
St Sever
43,5 %
10 %
10,1 %
4,4 %
5,2 %
7 %
15,3 %
2,8 %
1,6 %

Hagetmau
44,3 %
15 %
25,0 %
9,0 %
1,4 %
12,78 %




Ce tableau est pour St Sever le prolongement d'un passé récent et reflète exactement les fluctuations du solde migratoire au XXème siècle.
Si les gens nés dans la commune fournissent le même pourcentage à St Sever et Hagetmau, les habitants nés dans le canton, dans le Sud-Est des Landes (région du département située au sud du Midou et de la Midouze, à l'est d'une ligne Tartas-Tilh) et dans le reste des Landes, sont répartis de façon différente dans les deux villes. Hagetmau a attiré à elle des chalossais et des landais en quête de travail. Les faibles offres de travail de St Sever se ressentent sur ces chiffres (Hagetmau 40 % et St Sever 25 %). St Sever a un nombre important d'habitants nés à Mont de Marsan en raison de l'immigration de nombreux militaires venant avec leurs enfants du chef lieu. Le fort pourcentage d'habitants nés hors d'Aquitaine et dans les territoires d'Outre Mer s'explique aussi par les militaires et leurs enfants.

Le mouvement migratoire du 1er mars 1969 au 28 février 1971 :
Faute de recensement plus récent, cette étude provient du dépouillement des rectifications des listes électorales. Il nous faut déplorer la disparition des feuilles de ce document entre le 1er mars 1968 et le 28 février 1969. Cette carence nous empêche de joindre cette étude avec le recensement.
Les tables rectificatives des listes électorales comprennent des subdivisions : les additions et les radiations.
Parmi les additions, nous comptons les immigrants et les jeunes Saint Séverins qui arrivent en âge de voter. Dans les radiations, nos trouvons les émigrants et les morts. Le décompte est facile à effectuer et ainsi, nos obtenons les chiffres suivants :
Additions brutes : 349 avec 252 immigrants
Radiations brutes : 222 avec 115 émigrants
Nous avons donc un solde migratoire apparent de + 137 pour 2 ans, soit 15,7 % par an.
La comparaison ne peut être faite avec le solde migratoire absolu de 1962 à 1968 en raison de l'absence sur les listes électorales des éléments jeunes, en particulier les adolescents qui fournissent une grande partie des émigrants. L'opération immigrante moins radiations brutes (émigrants + morts)  donne l'évolution de la population adulte. Ce chiffre est de plus de 30 pour 2 ans. Nous ne pouvons pousser plus en avant l'évolution actuelle de la population en raison de la méconnaissance de l'importance de l'émigration adolescente face à la natalité …
   
  63
Age des migrants (figure 15)
La majorité des immigrants ont de 21 à 40 ans mais l'arrivée de retraités et de vieux à l'Hospice est notable à partir de 60 ANS. Les émigrants se situent dans les classes jeunes (militaires, fonctionnaires mutés, mais aussi certains ouvriers), les personnes âgées restent au pays, l'émigration est inexistante à partir de 70 ans.

Lieux d'arrivées et de départs des migrants :


Lieux d'arrivées
Lieux de départ
Excédent
% des excédents
Canton
Sud-Est des Landes
Mont de Marsan
Landes
Départements voisins
France
30
45
11
21
32
113
8
27
13
11
15
41
+ 22
+ 18
-   2
+ 10
+ 17
+ 72
16,1 %
13,1 %

7,3 %
12,4 %
52,5 %

Il notable de voir la moitié des excédents migratoires se dirigeant vers la France. Les immigrants venant de la France sont composés de militaires et de retraités. Les émigrants sont essentiellement des militaires. Le déficit avec Mont de Marsan s'explique par l'attraction du chef lieu et par le départ de migrants journaliers vers la première ville des Landes. L'excédent positif avec le canton et le sud-est des Landes provient des créations récentes d'emploi au Cap de Gascogne.
Connaissant les bilans naturels et les soldes migratoires depuis 1821, l'étude de l'évolution de la population est maintenant possible.



64

CHAPITRE IV

ETUDE DE L'ÉVOLUTION DE LA POPULATION

L'analyse des deux soldes permet de connaître l'origine de l'évolution de la population entre 2 recensements. Nous avons choisi les recensements des années impaires (1821-1931-1941, ..) jusqu'en 1931, puis ensuite tous les recensements   (figure n° 12).
De la figure 12, nous retenons 5 grandes périodes dans l'évolution de la population.
De 1801 à 1840 : forte croissance
Au début, la hausse est due à l'excédent naturel mais il est remplacé par le fort excédent migratoire des années 1830. La cause de ce phénomène, nous l'avons déjà vue, est l'exode rural vers Saint-Sever qui devient une "ville-relais".
De 1841 à 1860 : la première forte baisse
Les nouveaux venus n'ayant pas trouvé d'emplois satisfaisants fuient le Cap de Gascogne en masse. La hausse de la natalité, et par conséquent de l'excédent naturel, issue de l'arrivée de ces ruraux ne peut compenser les départs.

De 1861 à 1871 : un redressement éphémère
Contrairement à la période précédente, c'est l'immigration qui prime la baisse de la natalité provenant du départ des jeunes.
De 1872 à 1945 : une longue décadence
L'inexplicable sursaut migratoire de la fin du Second Empire, s'il se maintient encore de 1872 à 1880, diminue et devient peu à peu négatif. Durant cette période, le déficit naturel est terrible et s'accentue jusqu'en 1930 puis diminue et stagne jusqu'en 1953. La baisse de la natalité est un caractère particulier des populations vieillies. La situation à cette époque est dramatique. Saint-Sever n'enregistre plus de soldes positifs de 1885 à 1935, si nous exceptons le léger redressement du bilan naturel de 1901 à 1910.
65
De 1946 à 1953 : une timide croissance
La reprise des activités  de l'après guerre favorise les petites entreprises locales et l'immigration vers Saint-Sever reprend. Le bilan naturel étant nul, la croissance de la population provient entièrement de l'excédent migratoire.
Comparaison des courbes de la population de 4 villes landaises (figure 13)
Nous avons choisi 4 villes à évolutions différentes : Aire, Hagetmau, Saint-Sever et Mugron.
De 1801 à 1840, les 4 communes connaissent de fortes augmentations, il s'agit là d'un phénomène général. De 1840 à 1860, Mugron et Saint-Sever, villes sans activités artisanales importantes, chutent tandis qu'Aire continue son développement et que Hagetmau stagne. De 1860 à 1900, la baisse est légère et générale sauf pour Hagetmau qui garde sa population constante. De 1900 à 1935, l'effondrement de la population atteint fortement les 4 villes. De 1936 à nos jours, les 4 cités connaissent chacune une évolution différente .
Aire, grâce à l'industrie aéronautique et au développement du petit centre tertiaire, voit une augmentation considérable de sa population (indice 214 en 1968). Hagetmau a aussi une croissance due à l'industrialisation et l'indice de cette cité est de 161 en 1968. Les deux dernières cités possèdent un trait commun en 1968 : leur indice est inférieur à 100 (Saint-Sever 81 et Mugron 72). Malgré la ressemblance d'évolution jusqu'en 1962, ces deux cités connaissent depuis un sort différent. Mugron qui n'a ni activité industrielle ni militaire, s'enfonce tandis que le Cap de Gascogne continue à redresser sa courbe de population.
Depuis 1926, la courbe est approximativement une parabole qui a comme point le plus bas 1946. En 1968, la ville a la même population qu'en 1927 ou 1928. Actuellement, nous pouvons évaluer la population entre 4 500 et 4 600 habitants, soit la même population qu'au début des années 1920. Saint-Sever aurait regagné la forte baisse de l'entre-deux guerres.
66
 
                                         CHAPITRE V

         RÉPARTITION PAR CATÉGORIE D'ACTIVITÉ
                         ECONOMIQUE DE 1954 à 1971

La situation avant 1962
- Avant 1954 :
Les chiffres font ici défaut et les études monographiques d'avant 1954 sont très imprécises et peu éloquentes.
Le secteur primaire devait représenter près de 30 %, femmes exclues. Le secteur secondaire autour de 20 % était constitué d'ouvriers de petites entreprises dépassant rarement 50 employés : graviers, bâtiment, plumes, conserves, faïences, sièges, activités aux transports, etc …Le secteur tertiaire fournissait près de la moitié de la répartition, il était dominé par le commerce et les professions libérales (médecine et justice) et aussi clergé.
- Le recensement de 1954
D'après les données de ce recensement, il y a 1 760 actifs, soit 46,1 %, dont 652 femmes soit 37,1 % des actifs. Le secteur primaire comprend 467 hommes et 225 femmes ce qui représente 39,4 %. Le reste s'élève à 613 soit 35,7 %.
L'agriculture prend une grosse place dans la répartition de Colin Clarck. L'industrie et les transports occupent une faible part.

L'évolution de 1962 à 1968 :
L'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques possède pour toute la France le même découpage dans la répartition de la population active employée par catégorie d'activité économique. Pour Saint-Sever, il nous a semblé bon de faire faire un découpage plus fin et plus adapté au tertiaire pour les données extraites des listes nominatives du recensement de 1968, c'est à dire pour la répartition par catégorie d'activité économique de la population active Saint-Séverine en 1968 et pour les immigrants de 1962 à 1968. La présence importante de certaines catégories comme les militaires, le clergé et de service santé justifient notre découpage suivant :


67
Secteur primaire :          Agriculture (femmes exclues)
Secteur secondaire :      Industries, industries extractives, bâtiment
Secteur tertiaire :          Militaires
                          Clergé
                          Santé
                          Enseignement
                          Commerce et petit artisanat (bâtiment exclu)
                          Services publics restants et services domestiques
                          Bureaux
La catégorie classée "Bureaux" comporte toutes les personnes qui travaillent dans un bureau, c'est à dire banque, assurances, administration. Cette catégorie semble au premier abord curieuse, nous l'avons choisie car elle nous paraît très significative pour une ville de cette taille.
Si nous avons choisi les listes nominatives, c'est pour éviter les légères erreurs des feuilles INSEE en raison du sondage au quart.
Tableau des résultats des deux recensements
Il s'agit ici de la répartition INSEE

1954
%
1962
%
1968
%
Evolution 62-68
Hommes
Femmes
Total
62,90
37,12
1086
810
1816
57,3
42,3
100 %
1128
656
1764
63,1
36,9
100 %
+   42
− 194
− 112

 

Secteur primaire

Pêche
Agriculture – Forêt


0


0
764


0
39,2


0
484


0
27,1


0
− 280

 

Secteur secondaire

Industries extractrices
Industrie
Bâtiment et T.P.



29
249
145


1,5
13,1
77,65


28
164
160


1,5
10,3
8,95


   1
− 65
+ 15

 

Secteur tertiaire

Transport
Commerce, Banque, Assurance
Services
Services publics
Défense, Administration



32
272
240
165
165


1,7
14,4
12,6
8,7
8,7


52
364
248
264
264


2,9
20,4
14
14,8
14,8


+   20
+ 108
+     8
+   99
+   99

Secteur primaire

Secteur secondaire
Secteur tertiaire
Secteur secondaire + Transport
Secteur tertiaire − Transport
39,4


24,9
35,7
764
423
709

39,2
22,4
38,4
24,1
36,7
484
372
928
27,1
20,8
52,1
23,7
49,2
− 280
   51
+ 219
                                                      

 68

De 1954 à 1962, les secteurs primaires et secondaires baissent légèrement et le secteur tertiaire gagne 10 %. Ce fait prouve la stagnation et la fixité des activités économiques Saint-Séverines durant cette période. L'agriculture représente encore l'activité dominante à Saint-Sever.
L'évolution entre le recensement de 1962 et celui de 1968
- Le secteur primaire :
La concentration agricole qui avait peu touché Saint-Sever jusqu'alors se développe et les jeunes ruraux de la génération d'après 1945 fuient la terre pour les autres secteurs d'activités. La baisse porte sur 280 personnes, ce qui fait passer le pourcentage du secteur primaire de 39,2 à 27,1 %.
- Le secteur secondaire :
                La baisse de certaines activités comme le bois n'est pas compensée par l'augmentation dans le bâtiment et les travaux publics. Le pourcentage du secteur secondaire baisse de 1,6 %.
- Le secteur tertiaire :
C'est le grand gagnant de cette période. Il augmente de 12,5 % à cause de l'arrivée des militaires, de l'augmentation des services publics des transports, des banques et des assurances.
- La répartition par catégorie d'activité économique des immigrants de 1962 à 1968
Ici, nous prenons la répartition définie plus haut. Il est arrivé 353 personnes actives sur 1 101 immigrants, soit 32 %. Ce chiffre est inférieur au taux d'actifs dans la population Saint-Séverine.
Les immigrants actifs se répartissent irrégulièrement comme le montre le tableau ci-dessous :
Secteur primaire :            16     soit     4,5    % des actifs
Industries                      33                 9,35
Bâtiment et T.P.          20                 5,65
Secteur secondaire           53              15
Militaires                    126              35,7
Clergé                            10                 2,8
Santé                              17                 4,8
Enseignement              22                 6,2
Commerce                     32                 9,1
Services                         46              13
Transport                        6                 1,7
Bureaux                        24                 6,6
Secteur tertiaire             284              80,5

69







70

Il faut noter la faiblesse des immigrants dans le secteur primaire. Il s'agit ici soit de quelques familles qui ont permuté les exploitations soit de l'arrivée par le mariage de jeunes ruraux chalossais.
Dans le secteur secondaire, les immigrants, sauf dans l'industrie alimentaire, arrivent sur des places vacantes et non sur des créations d'emploi.
Dans le tertiaire, il faut analyser en détail les secteurs en raison des mutations des fonctionnaires. Le fort pourcentage des militaires correspond à des gains de population. La récente installation des aviateurs (1966-1967) n'a pas encore permis l'immigration de couples en remplacement des mutés.
            Dans le clergé, l'enseignement, la mobilité de ces catégories nous empêche de tirer des conclusions. L'agrandissement de la clinique Fournier et de l'hôpital expliquent l'augmentation du service santé. Dans le commerce? les immigrants viennent de permutations de gérants ou de l'arrivée par mariage d'éléments étrangers à la commune. La croissance des catégories "services et transports" correspond en majorité à des créations d'emplois. Cette étude n'est pas sûre mais nous pouvons quand même tirer quelques conclusions. LES catégories d'activités économiques qui ont augmenté sont l'industrie alimentaire, la défense nationale, la santé, les services, les transports et les bureaux.
Le recensement de 1968 (figure n° 15)
D'après le dépouillement des listes nominatives de 1968, nous arrivons à 1 565 actifs (femmes du secteur primaire exclus). La différence avec les résultats du sondage au quart de l'INSEE est de 11 actifs soit 0,7 %.
Il y a donc 1 565 actifs qui représentent 35,9 % de la population et 2 795 inactifs, sot 64,1 %. Dans les inactifs, nous comptons 212 étudiants. Il y a 1 112 actifs hommes (71,2 %) 453 femmes (28,8 %).
La pyramide des âges avec les actifs (figure n° 10) montre le déséquilibre entre les deux sexes. Malgré le creux dans la tranche d'âge 21-24 ans dû à la guerre, la majorité des jeunes femmes travaillent de 18 à 27 ans. Ensuite le repli causé par l'arrivée au foyer d'enfants est marqué. Les femmes sont migratoires dans le clergé, dans les services et les bureaux.
  
71
Tableaux de la répartition par catégorie d'activité économique des actifs :
Secteur primaire :          303     soit   19,3  % (Hommes seulement)
Secteur secondaire         359              23
Militaires                    137                 8,8
Clergé                            34                 2,2
Santé                              27                 1,7
Enseignement              52                 3,3
Commerce et petit     241              15,4
artisanat
Services                       224              14,3
Transport                      57                 3,6
Bureaux                      124                 8
Secteur tertiaire             903              57,6   
Le secteur primaire ne comprend que des agriculteurs ; cette activité est en déclin à Saint-Sever.
Le secteur secondaire possède peu d'industries extractives : il s'agit des 4 gravières de l'Adour. L'industrie est dominée par l'industrie alimentaire humaine (conserves, abattoirs) et animale. Dans le bâtiment, ce sont les petits entrepreneurs et la SOFRACO qui constituent cette catégorie.
Le secteur tertiaire est dominé par le commerce et les services publics et privés. En 1968, Saint-Sever est un centre commercial et de services pour la Chalosse avec une agriculture communale et une industrie jouant un rôle secondaire.
- La place des aborigènes dans les activités économiques
Ils représentent 43,5 % des habitants et 40 % des actifs.
Cette différence s'explique par le grand nombre de personnes âgées nées à Saint-Sever. Ils sont majoritaires dans des actifs de la catégorie, le commerce 57,6 % et les bureaux 50 %. Dans les catégories administratives soumises à des contrôles régionaux ou nationaux, ils sont minoritaires ou parfois inexistants : défense nationale (1,4 %), clergé (0 %), enseignement (30,8 %).

72

Evolution du 1er mars 1969 au 28 février 1971 (figure n° 15)
D'après les rectifications des listes électorales, nous avons pu dresser le tableau suivant :
                                            Immigrants   Emigrants     Excédent         %
Secteur primaire :                   2                        3                   - 1                
Secteur secondaire                25                     18                +   7              5,1
Armée                                 42                     19                + 23            16,8            
Clergé                                   9                        6                +   3              2,2
Commerce-Artisanat       12                        7                +   5              3,7
Bureaux                             12                        5                +   7              5,1
Santé                                     3                        1                +   2              1,4
Services                              17                        3                + 14            10,2
Transport                             1                        1                      0                
Enseignement                   11                        4                +   7              5,7            
Secteur tertiaire                  107                     46                + 61            44,5
Sans profession               118                     48                + 70            51,2

La baisse du secteur primaire confirme l'évolution commencée à partir de 1962. La légère augmentation du secteur secondaire est la conséquence des créations d'emplois des années 1969-1970 (Pyrénex, Soléma). Le secteur tertiaire représente près de 90 % de l'excédent migratoire des actifs. Dans ce secteur, chaque catégorie évolue pour des causes différentes. Le fort excédent des militaires provient de l'oubli des aviateurs mutés à se faire rayer des listes électorales immédiatement après leur départ. L'augmentation du clergé et des membres de l'enseignement provient de l'agrandissement de l'école SteThérèse. Si les bureaux et les services connaissent une bonne croissance, le commerce, le service santé, les transports stagnent. Le fait remarquable de cette période est la très forte immigration des gens sans profession, généralement de jeunes retraités qui représentent 51,2 % de l'excédent migratoire.
                                                                                                                                            

73
CONCLUSION

Saint-Sever connaît une renaissance démographique depuis la fin de la guerre, mais surtout depuis 1965-1966. Le taux de croissance a été de 63 personnes par an soit 1,57 % par an de 1962 à 1968. De 1965 à 1968, il a été supérieur à cette moyenne annuelle. D'après l'étude du solde migratoire et du mouvement naturel de 1969 à 1971, le rythme de croissance semble avoir légèrement faibli mais il doit se situer entre 40 et 50 personnes par an. A ce taux-là, Saint-Sever devrait atteindre
5 000 habitants d'ici 1980. Cette croissance viendra pour les années à venir essentiellement du solde migratoire malgré l'augmentation probable du bilan naturel à cause de l'arrivée en âge de fécondité des habitants nés de l'explosion démographique d'après la guerre et de la diminution de la mortalité à plus long terme. Pour cela, il faut des immigrants jeunes et non des "retraités stériles". Le développement des activités industrielles en particulier dans les branches basées sur l'agriculture, la consolidation du petit centre de service de la Chalosse et l'intensification de l'effort touristique sont nécessaires afin que Saint-Sever, ville longtemps figée dans son passé, aborde après le renouveau démographique des années 1050 et économique des années 1960, l'expansion et la prospérité.
Une étude détaillée des quatre grandes activités économiques (commerce, service, industries, tourisme) peut nous renseigner sur les possibilités d'extension des emplois et sur l'influence de la ville.
  
74 


TROISIÈME PARTIE


LES ACTIVITÉS DE SAINT-SEVER


75

CHAPITRE 1
LE LENT DÉCLIN DU MARCHÉ

C'est la plus vieille activité à Saint-Sever. Elle remonte à la fondation de la cité. Il est inutile de décrire à nouveau les produits en vente au Moyen Age sur le marché de La Loubère. A cette époque, les foires et les marchés possédaient un renom dans tous les pays du sud du département et dans la Lande. A la fin du Moyen Age et durant les temps modernes, Saint-Sever a conservé une zone d'influence traditionnelle en Chalosse et dans le Marsan. Il s'agit des communes du canton plus quelques habitants de Haut-Mauco, Lamothe, Le Leuy, Vielle Tursan et Toulouzette. Le samedi et pour les foires de la Pentecôte et de la Saint Martin, durant tout le XIXème siècle et le début du 20ème, Saint Sever a connu une activité fébrile. Le jour du marché, tous les paysans du canton venaient au Cap de Gascogne à pied ou avec des attelages pour transporter les produits de l'agriculture et de l'élevage. Le départ pour les plus éloignés avait lieu de très bonne heure, souvent avant l'aube. Les paysans portaient des pantalons foncés à toutes petites raies blanches, ceinturés par une écharpe de flanelle noire. La veste était assortie ou de toile noire. Le béret et les sabots complétaient le tout. Les femmes sobrement vêtues accompagnaient généralement le mari. Dés l'arrivée à Saint Sever, les animaux étaient laissés chez des logeurs de bestiaux ou de chevaux jusqu'au soir.
Les charrettes étaient stationnées sur des places comme la Place de la République ou Morlanne. Le matin, les hommes se rendaient au marché aux bestiaux de Morlanne et les femmes au marché des légumes et des fruits. Le midi, le couple se retrouvait chez un aubergiste où il mangeait en attendant la suite du marché. Dans l'après midi, le marché aux grains (Jacobin) et à la volaille occupaient respectivement les hommes et les femmes. Dès que le paysan avait vendu sa marchandise, il possédait une somme d'argent liquide qui lui permettait d'acheter chez les commerçants de la ville et aux étals des forains. Il se procurait ainsi les produits que la vie autarcique de la campagne ne lui fournissait pas. La paysanne partait le soir l'attelage ou le char rempli d'objets divers : tissus, drap, mercerie, couteaux et ustensiles de cuisine, sabots, appareillage pour attacher les animaux, faïences, épices, etc … L'homme, après être passé chez plusieurs aubergistes et cabaretiers, rentrait plus ou moins tard à la ferme.
Les produits agricoles qui ont disparu des marchés
- Le vin, dont la production a énormément diminué après la crise phylloxérique de 1888, disparut peu à peu des marchés. La motorisation et l'organisation des marchands ont tué les petits transports de vin des paysans vers le marché.
-       Le marché des grains se situait à l'intérieur de l'ensemble des jacobins. Le cloître fut appelé "Halle aux grains" et ce nom subsiste encore de nos jours. Les causes de la disparition de ce marché sont les mêmes que pour le marché aux vins. Il semble que le commerce des grains aux Jacobins ait disparu après la seconde guerre mondiale.
  

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- Les porcins et les bestiaux étaient vendus à Morlanne où il existait une bascule de poids public. Le marché avait lieu sur la place, à l'ombre des platanes et des tilleuls. Les bêtes, alors domestiquées, étaient attachées à la barrière du jardin public. Là, les affaires se faisaient d'homme à homme. Le courtier en bestiaux (maquignon) et le paysan allaient finir l'affaire chez un cabaretier. Peu à peu, le bétail a disparu des marchés, puis des foires, surtout après 1945. De nos jours, la vente à la ferme a remplacé ces méthodes archaïques. Les hommes en noir avec le bâton sont devenus des personnages d'album de photographies.
Les produits dont la vente est en déclin
- Le petit marché des légumes et des fruits :
Il se tient le samedi matin de 8 H 30 à 10 H sous les halles de la volaille (Place du Tribunal). Les paysannes viennent avec de petites charrettes ou des paniers pour vendre le fruit de leurs jardins potagers. Actuellement, ce marché subit des variantes suivant les saisons et le nombre de vendeuses ne dépasse jamais la trentaine.
Parallèlement à ces ventes au détail, des marchands de fruits professionnels ou des arboriculteurs du Lot et Garonne, des horticulteurs et des marchands de graines, s'installent sous les halles et sur la Place du Tribunal. Durant le printemps et l'été, sous les platanes de la Place de la République, se tient le marché des jeunes plants de choux.
- Le marché aux volailles du samedi après midi : photographie 12, planche V.
Ce marché aux volailles est la principale activité des samedis sans vente de gras. Autrefois, le nombre de volailles (poulets, pintades, chapons, poules, coqs, canards, pigeons) et de lapins était très important. En 1917, l'enquête sur le développement économique de la 13ème  région militaire signale 3 000 volailles et 10 000 œufs vendus le samedi à Saint-Sever. Cette activité maintient son importance jusqu'en 1963. L'agrandissement des halles pour les volailles en 1956-1957 fut à l'époque justifié. L'installation de l'abattoir de volailles et l'organisation des achats par le Syndicat de Défense du Poulet Jaune ont fait chuter l'apport sur les marchés. Le gros éleveur n'a plus à se déplacer pour vendre : l'acheteur lui envoie un camion aménagé. Le petit éleveur porte directement sa marchandise à l'usine. De nos jours, le nombre de têtes sur le marché varie selon les saisons de 150 à 400 par samedi. Les apports proviennent de petits éleveurs. L'avenir de cette activité s'avère sombre …


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Les produits qui résistent encore :
- Les dindes de Noël :
La consommation des dindes de Noël a entraîné une forte demande dans la seconde quinzaine de décembre. Les paysans ont saisi l'occasion et ils élèvent des dindes pour cette période. Le marché de Saint-Sever est réputé pour sa qualité et sa production. Les deux derniers samedis de Noël ne suffisent pas et la ville crée deux marchés supplémentaires, le jeudi. Le samedi 19 décembre 1970, nous avons compté près de 3 000 têtes. Ce marché, pour le moment, est le seul en expansion mais il est appelé aussi à péricliter en raison de l'organisation des grosses entreprises commerciales.
- Le marché des oisons et canetons :
Il a lieu au printemps. C'est à cette époque que les éleveurs -agriculteurs se procurent avec grand soin les races d'oisons, de canetons pour l'engraissement de la fin de l'année. Ce marché qui dure environ pendant un mois a lieu le samedi matin.
- Le gras :
Le marché au gras débute fin octobre et s'achève début février. Il a lieu le samedi matin. Les premiers marchés se font sous la halle à la volaille puis, quand la quantité augmente, le marché a lieu dans le cloître des Jacobins aménagé l'hiver à cet effet. Il est curieux de voir les richesses architecturales et gastronomiques cohabiter dans cet ancien monastère construit en brique rose.
Les agriculteurs arrivent à partir de 5 H 30 pour prendre place, puis passent au poids public tenu par les services techniques de la ville. Avant 8 H 30, les particuliers peuvent se procurer les oies avant l'ouverture de la vente aux commerçants. Les marchands, pendant ce temps, font le tour pour repérer les lots intéressants. Les agents de ville et les gendarmes surveillent les opérations. A 8 H 30, le brigadier de police de la ville agite une petite cloche pour ouvrir la vente du gras. Un court silence précède la ruée des marchands qui bousculent tout le monde. Les ventes sont discrètes, l'acheteur écrit son prix sur un petit carnet et le montre à l'éleveur qui acquiesce ou refuse d'un signe de tête. Si l'affaire est conclue, le marchand marque les oies avec un stylo feutre. Le paysan porte le banc qui supporte sa marchandise à l'extérieur, à l'emplacement du camion de l'acheteur. Dans le cas où le prix ne convient pas au vendeur, le marchand critique, tâte les reins des bêtes pour apprécier la taille des foies, part, puis revient avec un nouveau prix, gaspille du papier, s'adresse au mari ou aux parents qui sont venus aider. Les deux intéressés marchandent et arrivent généralement à un compromis.
A 9 H 30, après une courte pause débute le marché des foies. Le processus d'achat est le même que précédemment mais l'acheteur, dès l'accord du paysan, emporte un foie comme gage de vente.


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Les quantités vendues
Nous n'avons pas voulu nous renseigner auprès de l'entreprise de plaçage qui a obtenu l'adjudication afin de ne pas exploiter les chiffres faussés que nous aurions obtenus. Pour pallier cette carence, nous avons essayé d'évaluer le nombre de transactions par an. Nous avons compté les oies, les canards et les foies dans 3 marchés choisis à l'avance : un petit le 26 décembre 1970, un ordinaire le 5 décembre 1970 et un grand le 19 décembre 1970. Nous faisons la moyenne des trois marchés et nous multiplions par le nombre de samedi de la saison :
                                                                     Oies et canards                      Foies
Petit marché (26.12.1970)                              1 200                                 937
Marché ordinaire (5.12.1970)                        2 200                              1 610
Grand marché (19.12.1970)                            2 300                              2 100
Marché moyen                                                  2 200                              1 550
Il y a environ 16 marchés par an, soit :
Oies et canards :                         2 200 x 16 = 35 000 par an
Foies d'oies et de canards :       1 550 x 16 = 25 000 par an
Il passe ainsi environ 60 000 foies d'oies et de canards par an sur le marché de St Sever.
Les paysans viennent de toute la Chalosse, du Tursan, du Bas-Armagnac et du Marsan. Les vendeurs peuvent choisir difficilement les marchés de vente car souvent il faut tuer les oies pour éviter qu'elles s'étouffent. Mais au début du gavage, l'éleveur décide du premier jour de gavage en fonction de la ville où il voudrait vendre. Les marchés les plus importants des pays aturiens ont lieu à des jours différents de la semaine : le lundi c'est Tartas, le mardi Aire, le mercredi Hagetmau, le jeudi Mugron et le samedi St Sever et Dax.
Saint-Sever possède à court terme l'énorme avantage d'avoir la SICA "Le foie gras des Landes" qui, ces dernières années achète les marchandises invendues sur le marché. L'organisation des approvisionnements et le statut de la SICA risquent de nuire à longue échéance aux marchés de la région.
Les acheteurs viennent de toute la région, surtout depuis l'aménagement des horaires d'ouverture entre les villes de Dax et St Sever. Le 5 décembre 1970, nous avons pu relever les numéros minéralogiques des véhicules des marchands de gras. Il y avait 2 véhicules de la Haute Garonne, 1 du Lot et Garonne, 1 du Tarn, 3 des Hautes Pyrénées, 4 des Pyrénées Atlantiques et 12 des Landes.
Le marché de gras se maintient pour le moment très bien malgré les attaques répétées de la SICA "Foies gras". Ce marché est pour le moment le mieux armé pour résister.


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La disparition des foires et le déclin de l'activité des marchands forains
- La disparition des foires :
Saint-Sever connaissait au Moyen Age de très grandes foires, à la Pentecôte et à l'automne. Elles duraient une dizaine de jours, du jeudi après la Pentecôte jusqu'au dimanche de la semaine suivante. La tradition subsiste et les dix jours furent réduits à deux samedis à Pentecôte et deux à la Saint-martin. Durant le XXème siècle, les foires se distinguaient par un plus grand nombre de forains, de bestiaux et de volailles. Peu à peu, la différence avec les samedis ordinaires devint très faible et il y a huit à dix ans environ, les dernières foires disparurent dans l'oubli général. Il en est de même de la différence entre le petit et le grand marché, contrairement à Hagetmau.
- Le déclin des marchands forains :
La grande révolution pour les forains fut le camion magasin qui fit disparaître les étalages couverts par des toiles soutenues par des piquets de bois plantés dans le sol. Ce nouveau système prend plus de place mais permet une plus grande densité de marchandises et une protection plus efficace contre les intempéries. Les étalages bâchés qui subsistent appartiennent en général à des petits forains ou à des arboriculteurs. Actuellement, le marché des forains se situe sur 3 places (Tour du Sol, Tribunal et Verdun) reliées par deux rues (Tribunal et Arceaux) (plan n° 16). Les produits vendus sont divers. Le nombre de marchands varie suivant la saison mais l'apogée se situe au mois de décembre pendant les grands marchés au gras et aux dindes.
Le 19 décembre 1970, nous avons compté 40 étalages de forains : 2 marchands de chaussures, 20 marchands de confection de plus ou moins grande taille, 2 grainetiers, 2 pâtissiers, 3 quincailliers, 3 confiseurs, 1 bazar, 1 marchand de laine, 2 de literie, 1 fleuriste, 1 marchand de tissus, 1 d'articles en plastic et 1 chapelier. Durant le reste de l'année, les forains sont moins nombreux, 30 environ. Ils viennent de toute la région : Hagetmau, Mont de Marsan, Geaune, Samadet, Aire, Tartas, Souprosse, Grenade, …
En définitive, après la disparition des produits des champs (grains, vin), du gros élevage (porcins, bovins et ovins), le marché aux légumes et aux volailles seules activités des samedis hors la saison du gras périclitent, seuls les marchés au gras et aux dindes se maintiennent ou croissent.
Le déclin général du marché se ressent sur les ventes des forains qui peu à peu diminuent. Le changement de vie à la campagne, la motorisation des moyens de locomotion éloignent les jeunes ruraux du marché. Les agriculteurs ont tendance à s'approvisionner en ville en semaine, en particulier vers la fin (jeudi-vendredi).

Suite sur 2ème partie

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